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Méditation & Retraites - Paris -St Cosme

  
  
Aucun autre ennemi n'a une vie aussi longue, que la très longue vie sans commencement ni fin, de mes ennemis les passions - Shantidéva

La marche vers l'éveil : la patience

 

SHANTIDEVA la marche vers l'éveil

Comme il n'est pire faute que la haine ni meilleure ascèse que la patience, Appliquons-nous, de toutes les façons possibles À cultiver la patience.

SHANTIDEVA (685-763)

 

 

Il est nécessaire de dire quelques mots sur La Marche vers l'Éveil de Shantideva, dont le chapitre six constitue le cœur de l'enseignement du Dalaï-Lama présenté dans l'ouvrage Guérir la violence. Écrite au huitième siècle, cette œuvre est devenue un classique de la littérature bouddhiste du Grand Véhicule. Selon la légende, Shantideva a improvisé le texte d'un bout à l'autre lorsqu'on lui a demandé un discours devant une assemblée de moines de l'université monastique indienne de Nalanda. On raconte que les moines, en lui faisant cette requête, voulaient l'humilié, car ils ne le voyaient rien faire d'autre que "manger, dormir et déféquer". Très peu avaient compris que Shantideva, en ayant l'air de mener une vie paresseuse, était extrêmement érudit et possédait une profonde expérience intérieure. Selon les différentes versions tibétaines, lorsque Shantideva aborda le chapitre neuf, qui traite de la sagesse, il commença à s'élever dans les airs et disparut peu à peu, tandis que sa voix continuait à se faire entendre.

Extrait du chapitre 6 : LA PATIENCE

En recommandant de pratiquer la patience, Shantideva ne veut pas dire qu'il faut se laisser insulter ou exploiter, ni accepter sans condition la souffrance. Il conseille d'adopter une attitude ferme face à l'adversité. Dans son commentaire, le Dalaï-Lama fait la distinction entre soumission et tolérance. La tolérance n'est possible que lorsqu'on a décidé de ne pas se venger du mal, réel ou imaginaire, qu'on nous a fait. Le plus important est la décision consciente. Bien que ni Shantideva ni le Dalaï-Lama ne proposent une définition de la patience, nous pouvons adopter ceci comme outil de travail : la patience (seupa), selon l'acceptation bouddhiste, est une réaction ferme devant l'adversité, émanant d'un être posé qu'aucune agitation, extérieure ou intérieure, ne peut ébranler. On ne peut pas l'appeler une soumission passive, mais plutôt une attitude active face à une situation hostile.

 

Shantideva envisage trois types de patience : 1. la patience fondée sur une acceptation consciente de la douleur et des épreuves; 2. la patience qui résulte d'une réflexion sur la réalité; 3. la patience à l'égard du mal que nous inflige autrui.

 

Le premier type est abordé dans les stances 12 à 21. Faisant d'abord observer que la douleur et la souffrance font partie de la vie, Shantideva déclare que refuser cette vérité ne peut qu'aggraver notre malheur. Il poursuit en disant que si nous pouvions intérioriser cette vérité, nous en retirerions d'énormes avantages dans notre vie quotidienne. Nous verrions dans la souffrance un catalyseur de notre progrès spirituel. Celui qui est capable de réagir à la souffrance de cette façon peut accepter la souffrance et les épreuves liées à la recherche d'un objectif plus élevé. Nous sommes tous conscient de ce principe : pour nous protéger des maladies tropicales, nous acceptons la douleur des vaccinations.

 

Pour nous convaincre qu'il est possible d'accepter des douleurs plus grandes que celles que nous nous croyons capables de supporter, Shantideva nous a laissé cette stance mémorable :

 

Il n'existe rien

D'irréalisable par l'exercice.

Donc, en s'habituant à des souffrances légères,

On arrive à en supporter de grandes.

 

Les stances 22 à 34 traitent de la patience fondée sur la compréhension de la réalité. Ici, Shantideva veut montrer que l'action exercée par les êtres et les événements sur nous est déterminée par un ensemble de causes et de conditions. Parmi les causes qui incitent quelqu'un à nous faire du tort, beaucoup échappent à son contrôle. Nous n'avons pas plus envie de nous emporter que de tomber malades; pourtant nous tombons fréquemment sous l'emprise de la colère. Séparer quelqu'un de l'ensemble de facteurs complexes qui le pousse à mal agir et le désigner comme responsable de ses actes est illogique. Shantideva analyse de façon inattendue une situation simple : si quelqu'un nous assène un coup de bâton, le bâton et celui qui le brandit sont aussi responsables l'un que l'autre de la douleur qu'ils nous infligent. Si nous poussons le raisonnement encore plus loin, le fait de posséder une existence corporelle est en soi un facteur important de douleur. Mais, dit Shantideva, la cause fondamentale est l'émotion négative qui, au départ, a poussé quelqu'un a nous agresser.

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