“Big love” - Morceaux choisis - Quatrième partie

Nous avons le plaisir de vous présenter à nouveau ce mois-ci un extrait en français de la biographie de Lama Yéshé, “Big love”. Merci à Michelle pour la traduction.

 

Le Népal

 

Lama Yéshé et Zopa Rinpoché, après un retour rapide à Buxa, renoncent au projet de rejoindre Zina à Ceylan. Celle-ci se fait ordonner en Inde en 1968, mais comme elle y est interdite de séjour, “Lama” suggère qu’ils s’établissent au Népal. Découvrons ce qu’en dit Lama :

« [Le Népal] était proche du Tibet, magnifique, paisible et calme. L’environnement a une grande importance et je pensais que, désormais nonne, Zina avait besoin d’un lieu où elle pourrait mener une vie simple. Prendre l’ordination en soi ne suffit pas. Après avoir vécu dans le grand samsara, il vous faut du temps pour vous adapter à une vie de moine ou de nonne, où le cadre de vie tient un grand rôle. »

(…) Beaucoup des camarades de Lama étaient profondément choqués qu’un moine de sa stature quitte son monastère avant d’obtenir son diplôme de guéshé, pour partir au Népal avec une étrangère. Mais chaque mouvement de Thoubtèn Yéshé était personnellement approuvé par Sa Sainteté le Dalaï-Lama et ses deux tuteurs, Kyabjé Ling Rinpoché et Kyabjé Tridjang Rinpoché. (…) Avec sa vivacité à saisir les expressions hippies, Thoubtèn Yéshé se contenta de dire : « je suis un guéshé qui a décroché ». 

Plus tard, lorsqu’il s’exprimera mieux en anglais, il dira : « J’ai quitté le Tibet avec le seul néant. Qui m’a aidé ? Ma mère n’était pas là, mon lit n’était pas là, rien de ce qui pouvait me réconforter n’était là. Mais la sagesse du Dharma me fit don de toutes les explications. En vérité, je n’ai pas de grande réalisation mais je suis personnellement très heureux que les Chinois m’aient forcé à partir. J’aurais pu développer un attachement incroyable et fantasmé à une vie faite de titres et d’autres attributs ridicules. Mais ce sont là des chimères sans signification aucune. Les Chinois m’ont mis dehors pour que j'acquière une plus grande solidité. Jusqu’à mes vingt-cinq ans, on m’a pris en charge de façon incroyable et dans d’excellentes conditions, si je compare avec les Occidentaux. Mais si vous comprenez, réalisez, ne serait-ce que dix minutes par jour, la nature du Bouddhadharma, cela en vaut vraiment la peine et vous laisse dans le rire plutôt que dans l’agitation. »

Kathmandou était alors un paradis « intouché et innocent », des milliers de hippies y affluaient, attirés par le mythe. Boudhanath (Baudha), à une petite dizaine de km de là, accueillait sherpas et réfugiés tibétains. Les lamas s’y installèrent d’abord au monastère Samtèn Ling, proche du stoupa monumental qui date du VIème siècle.

Présentation de Max Matthews

MaxMax Matthews, une africaine-américaine, travaillait comme enseignante à la division des écoles internationales du service diplomatique américain. Son job à l’école Lincoln de Kathmandou était très bien payé et Max avait un goût très affirmé pour la grande vie. Loin des hippies, elle vivait dans un appartement remarquablement meublé au-dessus de sa galerie [d’art].

(…) Max, c’était de la dynamite et Zina était nerveuse à l’idée de la retrouver. Elles s’étaient initialement connues à Mykonos [en Grèce] où Max avait passé des vacances d’été. (…) Elle était plus conventionnelle que Zina mais tout aussi remarquable. Malgré quelques histoires compliquées entre elles, elles furent heureuses de se retrouver à Kathmandou. (…) Max relate : « Elle [Zina] était devenue énorme, massive. J’étais assez choquée de la voir habillée en nonne. Quand je me lançai dans la description de ma dernière et désastreuse histoire d’amour, une fois encore avec un homme marié, Zina me dit : « Viens rencontrer mes lamas, ils te donneront des conseils. » Je lui promis de rester en contact. »

Arrive ensuite la rencontre : « Lama Yéshé me serra les mains, s’inclina et sourit. La seule chose dont je me souvienne ensuite, c’est que je me suis retrouvée sur le sol à sangloter. Je pleurais, pleurais, pleurais. Ça a duré des heures. Zina et Lama Zopa étaient tous deux présents mais je ne les ai même pas reconnus. C’était un coup de bambou instantané. Quand les pleurs ont fini par s’arrêter, je me suis sentie incroyablement soulagée. Plus de problèmes, de douleurs ou de questions. J’ai senti que j’étais revenue à la maison et que Lama Yéshé était mon gourou. Il m’avait juste totalement “ouverte”. Je me sentais équilibrée et complète comme si je marchais dans l’espace. Je me suis aussi sentie engagée. Il n’y avait aucun retour en arrière possible. »

Peu après, Max finança un mois de retraite de Vajra Yogini pour vingt moines à Samtèn Ling. Par la suite, elle en viendra très vite à couvrir les frais des lamas (nourriture et autres), ce qui était une chance car les fonds de Zina avaient commencé à sérieusement décliner.

(…) Ceci dit, Max, originaire d’une famille extrêmement pauvre, « avait constamment des problèmes financiers malgré son excellent salaire. Elle avait un niveau de vie incroyablement élevé et ne laissait jamais l’argent interférer entre elle et ce qu’elle désirait. Max ne s’en vantait jamais, mais on accourait du monde entier dans son appartement. Elle avait enseigné dans de nombreux pays et appris de nombreuses langues. À différentes occasions, je l’entendis parler grec ou russe, » raconte Judy Weitzner, une amie enseignante.