Une retraite individuelle mémorable

Les Beatles chantaient “Back in the USSR”, pour ma part ce sera “Back in Saint-Cosme en Vairais” ! J’y ai passé une semaine fin juillet, et cette retraite restera marquante, notamment car un impressionnant et difficile “examen de passage” va se produire à la fin de mon séjour… Voici mon carnet de retraite !

 

Une retraite... pourquoi faire ?

IMG 0103Et dire qu'à la fin de ma précédente (et toute première) retraite fin mai dans ce lieu très spécial, j'étais convaincu de ne pas y revenir avant un bon moment... Non pas parce que je n'avais pas apprécié ces quelques jours, non. Mais parce que curieusement, les retraites, je n'en éprouve pas vraiment l'utilité. Comme si les retraites, ce n'était pas pour moi…

Je vous imagine bondir, et vous avez probablement raison ! Car en effet, il est dit en haut lieu que les retraites sont des étapes indispensables dans un chemin bouddhiste. Alors, ai-je une vision erronée ? Ou bien suis-je trop orgueilleux pour me sentir concerné ? Toujours est-il que je me suis donc retrouvé à St-Cosme pour la deuxième fois à peine deux mois après mon précédent séjour. En fait, cette retraite individuelle est requise pour une formation d’instructeur que je souhaite suivre.

 

 

 

Back to paradise !

Me revoilà donc dans ce bel environnement si propice à la contemplation et à l’étude. Des bâtiments accueillants et confortables, des bénévoles motivés accompagnant Magali la gestionnaire aux petits soins, une cuisinière expérimentée et attentive (on demanderait presque l’inscription du Centre de retraite dans le guide français des étapes gastronomiques !), de chaleureux échanges, une bibliothèque richement dotée, une gompa inspirante, des chambres sobres et agréables, un panorama exceptionnel à 360°, un jardin-forêt riche en faune et flore variées, de nombreuses excursions possibles (plusieurs jolis villages sont à découvrir)… Autant de conditions de pratique vraiment favorables pour une retraite spirituelle.

J'aborde donc cette semaine très sereinement. Étant autonome et indépendant, la perspective de me retrouver seul ne m'inquiète pas... au contraire ! Pouvoir alterner lectures, marches et méditations toute la journée pendant une semaine, j'en suis plus qu'heureux ! Et le surcroît de discipline lié aux horaires que je me suis fixés n'entache pas mon enthousiasme. Au programme chaque jour, cinq méditations (30 à 60 minutes) entrecoupées d’étude de texte (le Satipatthana Sutra et ses commentaires) et de marches en extérieur. C’est parti !

 

Jour 1 : la plongée

2J’ai choisi de méditer dans ma chambre, dont le nom est évocateur : Tonglen. Dès la première méditation j'y ai ressenti une surprenante vibration, une forte énergie impossible à décrire par des mots. C’est à mon sens ce genre de forces spécifiques aux lieux “chargés” qui ne demandent qu'à accompagner et stimuler le pratiquant afin de favoriser sa quête spirituelle, mais à une seule condition : qu’il soit sincère, humble et motivé. 

La météo est très clémente, les repas aussi succulents que copieux, tout commence à merveille ; ai-je vraiment cumulé autant de karma positif pour mériter tout ça ? Surtout, ne pas le gaspiller mais l’utiliser à bon escient en étudiant, en réfléchissant et en méditant afin de développer des capacités pouvant être utiles à tous les êtres. 

 

Jour 2 : une adaptation nécessaire

 Au fur et à mesure des pratiques qui s’enchaînent, je commence à avoir un peu mal au dos. Alors je décide d’achever parfois la méditation formelle sur le coussin en me plaçant sur une chaise ou en méditant en marchant dans le couloir. C’est une heureuse décision car ces deux autres postures me sont utiles, et je dirais même parfois complémentaires.

 

Jour 3 : mais il vient d’où ce mal de dos ? 

Cette question commence à germer dans mon esprit. S’agit-il d’un souci physique, de fatigue ou bien d’une subtile résistance commanditée par l’ego qui cherche à freiner mon aspiration qu’il juge beaucoup trop déterminée ? Il va falloir investiguer...

 

Jour 4 : grosse fatigue 

Toute la matinée je ressens un abattement physique. Je me demande s’il est lié à une hypoglycémie suite au changement alimentaire, à une nuit un peu agitée ou un contrecoup dû aux absorptions méditatives assez intenses qui se succèdent. Toujours est-il qu’il me faut interrompre ma deuxième session matinale pour retourner m’allonger et me reposer. Très disponible, François Shick a la gentillesse de me donner des pistes d’explication et m'encourage à persévérer en respectant autant que possible mon programme. Merci pour ces conseils utiles.

 

Jour 5 : dépasser les obstacles fabriqués par l'ego

Cela n’en finit pas : des crispations dans le dos. Comme elles ne sont pas trop perturbantes, je tente un moyen habile, et il est couronné de succès : considérant que cette gêne physique est au moins partiellement une construction artificielle de l’ego, je prends la difficulté à bras le corps en demeurant sur le coussin et en contemplant la gêne de manière lucide, concentrée et bienveillante. Et ça marche ! Non seulement la douleur tend à disparaître, mais ce surcroît de concentration tranquille (mais déterminée) est très bénéfique pour la pratique. Aller au-delà du mental, voilà une des clés à expérimenter et réaliser sur le chemin. Tout un programme...  

 

Jour 6 : l’épreuve…

etang6J’ai le sentiment de vraiment avancer au fur et mesure des pratiques. Mais cette retraite ne va pas pouvoir s’achever sans qu’une étape particulière soit franchie. Il ne me semble ni utile ni souhaitable que je développe les circonstances durant lesquelles cette épreuve est apparue, ni sur l’objet de la difficulté. Mais il s’est agi pour moi d’une expérience spirituelle très, très désagréable. Je suis sorti de la session assez bouleversé, triste, confus voire choqué. Je me suis rendu compte que face à ce qui m’était arrivé, une personne non préparée pouvait être prise de panique, devenir durablement traumatisée, voire peut-être sombrer dans la folie. C’est dire que l’expérience était hors-norme...

J’ai très vite ressenti l’urgence d’y faire face et de traiter l’événement aussi promptement et efficacement que possible. Car ne rien faire aurait signifié prendre le risque de laisser le mental me faire basculer, peut-être pour le pire. Je n’avais donc pas le choix, autant pour mon “intégrité psychologique” que pour la poursuite du chemin. 

 Alors, avec autant de sérénité que possible dans cet état d’esprit si particulier, je me suis remémoré ce que j’avais appris à propos des fameuses “expériences”. Surtout, pas d’attachement vis-à-vis d’elles quand elles sont agréables. C’est certain que dans les circonstances actuelles, je n’allais pas succomber à l’attachement ! Par ailleurs, pas d’aversion non plus. Car, et c’est cela qui m’a permis de prendre conscience que j’avais traversé une épreuve absolument nécessaire, je me suis rendu compte de manière expérientielle que toutes les manifestations pouvant se produire, aussi fortes soient-elles, ne sont ni plus ni moins que l’expression naturelle de l’esprit. En soi, ces phénomènes sont comme les pensées, ils sont insubstantiels, commes des mirages, ils ne sont donc ni agréables ni désagréables. C’est l’ego qui les juge ainsi. Par conséquent, il est décisif de ne pas se laisser impressionner, ne pas même y attacher tellement d’importance, mais de garder la clarté et la lucidité, en développant toujours davantage un esprit équanime. Cette réflexion m’a beaucoup soulagé et a été d’un grand secours. Et je suis sorti grandi de cette épreuve. Dans mon lit le soir venu, encore un peu secoué, je crois avoir ressenti la main de mon Maître posée sur la mienne. Une source d’apaisement bienvenue... 

 

Premiers bilans au sortir de la retraite

Dans la discrétion et la simplicité d’une chambre du Centre de retraite Kalachakra, il peut s’en passer des choses ! J’exprime ma profonde reconnaissance pour les inestimables enseignements bouddhistes qui font tant de sens pour moi et qui me permettent d’avancer sur ce chemin tellement magnifique mais pas toujours facile. Chaque épreuve fait avancer et ici, une marche a été gravie. Malgré des apparences de tranquillité immuable, cette retraite à Saint-Cosme a été aussi bénéfique que forte. Respectueuse gratitude à tous ceux qui nous permettent de pratiquer dans de si belles conditions ! 

 

Franck