Rencontre avec Alain

 

Alain est étudiant du centre Kalachakra depuis plus de 10 ans. Il apporte son aide lors des pratiques de Vipassana et de l’organisation des enseignements de grands maîtres et d’enseignants internationaux sur zoom.

 

Alain, comment t’es-tu retrouvé impliqué au centre ?

 

aven20181210 0011En 2010, j’étais à l’hôpital pour ma cinquième cure de désintoxication et je doutais vraiment d’avoir la force de « continuer ». J’avais plus de trente ans d’addiction derrière moi et je n’étais pas au top [rires]. J’étais vraiment à la recherche de quelqu’un qui puisse m’aider, m’écouter, car je voyais toutes mes tentatives, psy et autres, échouer... Sur un des piliers de l’hôpital, il y avait une affichette avec les noms des aumôniers qui y officiaient, et tout en bas il y avait le nom d’Elio comme aumônier bouddhique. Je l’ai appelé pour lui demander de parler avec lui. Il est venu et m’a accordé du temps. Ça m’a fait un bien fou. En particulier, j’avais une question qui comptait beaucoup pour moi et il m’a répondu à sa façon. C’était ce que j’avais besoin d’entendre. Ça m’a aidé à faire les bons choix en sortant et ça a été crucial pour la suite.

 

Depuis l’adolescence, j’avais déjà un intérêt ancien pour le bouddhisme et ce n’est pas pour rien que j’ai sollicité un aumônier bouddhique. J’avais eu un contact « fort » en 1983 lors d’une retraite Zen, je lisais beaucoup Chogyam Trungpa et Péma Chodron, et deux séjours au Laos m’avaient impressionné. 

 

Cette fois, cela a été un tournant. Par Elio, j’ai eu les coordonnées du centre et je m’y suis rendu. J’étais encore en sevrage, à vif et très anxieux. Avoir un interlocuteur à qui parler comme Seunam [un moine au centre à l’époque] a été d’une grande aide car il comprenait ce que je vivais. Il m’a en particulier introduit à la pratique du Bouddha de la médecine que j’ai pratiqué intensément pendant six mois.

 

J’ai continué à venir au centre mais j’étais de manière générale toujours un peu anxieux et j’y suis allé très doucement. J’avais aussi repris mon activité de postier et j’avais besoin de beaucoup de repos le soir et le week-end. J’ai suivi six ou sept des modules “Découverte du Bouddhisme”, mais paradoxalement c’était plus facile de suivre des retraites que d’aller au centre car je bloquais alors des périodes entières. J’ai donc commencé à aller à Saint-Cosme. J’ai suivi une retraite sur la fin de vie avec Elio. J’ai aussi découvert la pratique de Vipassana et cela m’a beaucoup parlé. J’ai fait comme c’est expliqué dans les enseignements, je me suis rendu compte que ça marchait pour moi et j’ai donc enchaîné par de nombreuses retraites Vipassana avec Jean-Jacques.

 

Il y a eu quelques moments qui ont été décisifs pour moi, des choses qui m’ont été dites quand j’avais besoin de les entendre. Vénérable Sangye Khadro par exemple m’a aidé à me réconcilier avec ma famille, en me montrant lors d’un enseignement au centre que cela passe d’abord par le pardon de soi.

 

Et aujourd’hui, tu es impliqué sur quoi ?

 

Le désir d’aider est né assez tôt. A Saint-Cosme, j’ai un peu aidé à l’aménagement du terrain quand il y avait besoin. J’ai aussi repris l’organisation des soirées Vipassana et commencé à en guider quelques-unes. Plus récemment, j’ai aidé au niveau informatique, une de mes passions, lors de l’organisation des enseignements de Guéshé Damdul.

 

Les choses se font naturellement, les relations se fluidifient, comme si les Enseignements s’enracinaient et poussaient en moi... Cela fait sept ou huit ans que je fais du bénévolat dans d’autres organisations comme les Restos du Cœur, et je suis content de pouvoir le faire pour le centre.

 

En l’espace de dix ans ma vie s’est complètement transformée. Quand je regarde en arrière, je n’ai jamais aussi été heureux. Cela m’a permis de transformer mes expériences douloureuses. Le fait d’avoir vécu dans la rue, le fait d’avoir été dépendant sont autant d’expériences dont je peux me nourrir. Je me rends compte que je peux apporter aux autres. C’est très important pour moi car j’avais beaucoup généré de souffrance autour de moi et cela me fait énormément plaisir de pouvoir désormais apporter aux autres.

Je devrais m’efforcer de m’en souvenir tous les jours car parfois il y a le regard négatif sur moi qui revient [rires] !

 

Propos recueillis par Arnaud