Paroles de Maîtres, Vénérable Robina

 

La sagesse de la mère

 

Ce texte de Vénérable Robina Courtin est issu du blog conséquent à découvrir sur le site personnel de la célèbre moniale : robinacourtin.com. Traduction par Franck.



robina2" Dans le cadre du chemin permettant de réaliser la bodhicitta, cette approche favorisant le bien des autres plus que celui de soi-même, une des méditations consiste en la contemplation de la sagesse de notre mère. En pensant que nous avons eu un nombre incalculable de mères du fait du nombre incalculable de nos vies, nous concluons que nous devons payer leur sagesse en retour en devenant un bouddha et ainsi, en étant bénéfiques à elles, nous sommes bénéfiques à tous.

Cela peut sembler surprenant dans notre culture qui a tendance à penser que nos mères n’ont pas de sagesse ; nous les accusons même de notre souffrance. Et c’est parce que nous pensons cela qu’elle nous a créés ; elle est notre créatrice. Bien sûr, nous savons que le Bouddha n’est pas d’accord avec cette idée ; elle nous a donné un corps, mais pas notre esprit : l’esprit est à nous et nous l’avons apporté au sein de son ventre. La voilà, avec notre père, faisant leurs affaires, et nous arrivons ! Ne lui en tenez pas rigueur ! Selon votre continuum, vous vous êtes vous-mêmes engagé dans cette relation avec cette personne, cette mère particulière, ce père particulier.

 

Ici, le terme “sagesse” ne se réfère pas vraiment à la caractéristique de la personne. Il se peut que votre mère ait été une personne malheureuse, pleine d’illusions, pas spécialement une bonne mère. Ce n’est pas l’idée à retenir. Ce qu’il faut retenir, c’est que sa sagesse s’est manifestée parce qu’elle a tout fait pour faciliter votre vie. Mais à cause de notre saisie, notre forte présomption que notre mère devrait être parfaite, nous sommes outrés quand elle s’avère être égoïste. Alors, ses fautes prennent des proportions énormes, et nous oublions tout à propos des innombrables bienfaits qu’elle nous a prodigués.

Je me souviens du moment où ma mère est tombée du piédestal que je lui avais créé. Le moment où elle a cessé d’être la parfaite déesse, comme on le croit lorsqu’on est enfant. Ceci vient de l’attachement. Je me souviens du moment où j’ai commencé à voir qu’elle était un être humain ordinaire. J’ai commencé à lui trouver des défauts, et tout s’est écroulé. Je ne pouvais lui voir que des défauts. C’est comme cela que la saisie s’est transformée en aversion, en colère.

 

Quelles sont les innombrables bonnes choses qu’elle a faites pour nous ? Elle nous a nourris, elle nous a envoyés à l’école, elle nous a montré comment essuyer nos petites fesses et faire nos lacets. Il y a d’autant plus de raisons de penser à sa sagesse envers nous qu’elle était pleine d’illusions, méchante, colérique, paranoïaque. C’était beaucoup plus difficile pour elle que si elle avait été patiente et heureuse. À quel point nous devrions être reconnaissants pour notre mère. C’est si évident, vraiment. Même si votre mère vous a abandonné à la naissance, vous avez toutes les raisons de continuer à verser des larmes de gratitude pour sa sagesse. 

 

robinaVous savez quoi ? Elle ne vous a pas tué. Il y a probablement des millions d’avortements chaque année, des millions. On pourrait même dire qu’il y a davantage d’êtres sensibles, d’être humains qui sont conçus et qui meurent avant la naissance qu’il y a d’êtres qui naissent. J’en suis sûre.

 

Regardons-nous, nous sommes toujours vivants. J’ai subi un avortement, à l’âge de 23 ans. Je ne me suis posé aucune question. En aucun cas je ne voulais cet enfant. Une de mes connaissances, à l’âge de 17 ans, tomba enceinte et elle décida de ne pas faire d’avortement. Je l’ai pourtant encouragée à le faire. “Allez, fais-toi avorter.” Elle ne le voulait pas, c’était dans les années 60. Elle était courageuse, elle a eu sa petite fille, puis l’a fait adopter [par des parents d’adoption]. Elle a eu sa fille et l’a abandonné car elle pensait ne pas être capable, elle avait 17 ans, c’était difficile, peu importe les raisons, mais ses motivations étaient pures. Aujourd’hui cette fille rumine à propos de sa méchante mère qui l’a abandonnée à sa naissance, elle en est obsédée, et elle ne peut pas voir la réalité : que sa mère était sage. Elle lui a donné la vie ! Mais la fille ne lui a jamais pardonné de l’avoir abandonnée.

 

Nous pouvons donc voir que nos mères sont pleines de sagesse. Peu importe qu’elles soient névrosées, laides, maniaques ou pleines d’illusions. Nous avons tous eu des mères comme ça, à des degrés divers. Bienvenue dans la race humaine. Les mères sont taillées dans la même étoffe que nous-mêmes, ce sont des êtres sensibles remplis d’illusions.

 

En d’autres termes, ce dont nous avons besoin, c’est de ré-étudier la vision que nous avons de notre mère. Arrêtons de la voir à travers la loupe de notre déception, de notre attachement. Voyons ses bonnes qualités. C’est très simple mais vraiment puissant.

 

Nos mères sont donc pleines de sagesse. Si tous les êtres ont été nos mères, alors en toute logique tous les êtres sont pleins de sagesse. Et par conséquent, nous devons évidemment payer en retour leur sagesse. Plus vous pensez à la sagesse d’une personne, et plus en retour vous avez le souhait de la lui rendre. C’est clair. Quand vous voyez vraiment la sagesse d’une personne, les bienfaits qu’elle vous a octroyés, vous voulez vraiment agir en retour. Commencer à penser à la sagesse de la mère, c’est vouloir payer en retour sa sagesse. Et pas simplement la mère de cette vie, mais tous les êtres nos mères : nous devons payer en retour leur sagesse. 

 

Il est clair qu’il s’agit d’un processus très radical ; pas à pas, nous effectuons ce type de méditation analytique, et nous le transposons dans notre vie quotidienne, en corrigeant lentement, lentement nos vues erronées. Et progressivement, notre cœur commence à s’ouvrir, s’ouvrir, s’ouvrir, s’ouvrir. L’aile de la compassion s’ouvre graduellement dans l’esprit et englobe finalement tous les êtres. Petits pas par petits pas."