Le pouvoir des retraites, par Arnaud

“A chacune des retraites que j’ai eu la chance de suivre correspond un souvenir de bonheur serein. Je l’imagine être un infime avant-goût de l’état permanent d’un esprit ayant vraiment intégré le dharma. Bien sûr, sur le moment, ce n’est pas comme ça que je me suis senti à chaque instant, mais néanmoins c’est le souvenir que j’en garde. Dans cet environnement propice, l’esprit suit moins les tiraillements continuels de l’attachement et de l’aversion. Il se calme naturellement.

Pourtant, chaque retraite ne se ressemble pas, car ce que l’on peut faire dans chacune est très différent. J’ai un faible pour les retraites de Lam Rim. Elles consistent essentiellement dans la contemplation analytique des différents points de la progression proposée par Lama Tsong Kapa pour purifier et développer notre esprit jusqu’à l’éveil complet. J’aime la démarche très rationnelle et propre au bouddhisme tibétain qui permet d’obtenir progressivement un changement de notre manière de penser, et par conséquent notre manière d’être et d’agir. Avoir l’occasion de faire ce travail de manière intensive, avec un esprit plus au calme, est une chance extraordinaire de permettre à notre compréhension de s’améliorer.

Je suis venu aux retraites consacrées aux rituels plus tardivement. J’ai été très longtemps repoussé par le côté ésotérique, qui semblait pour moi aux antipodes de la rigueur rationnelle que je viens de décrire. C’est Lama Zopa Rinpoche qui m’y a progressivement ouvert en mettant régulièrement l’accent sur l’importance de ces pratiques. Il guidait alors les retraites de Lam Rim que j’ai eu l’opportunité de suivre avec lui. Du coup, quand l’occasion s’est présentée, j’ai suivi celle qu’il recommande le plus fortement : une retraite de Nyung Nä. L’idée est de passer deux jours à faire des prosternations et réciter des mantras, en évitant de manger pendant toute cette durée, et de boire pendant 24h ! Cela me paraissait un peu fou, mais puisque l’objectif était de développer la compassion, j’ai sauté le pas. J’ai un vague souvenir qu’il faisait très froid (c’était en plein hiver), que mon corps était fourbu et que j’avais très soif ! Mais je me souviens surtout d’un cœur ouvert, grâce à l’inspiration de Chenrezig, et d’un esprit clair comme il ne l’avait jamais été... 

Pour Noël, nous combinons ce qui me semble être deux extrêmes. D’abord, la retraite guidée par Vénérable Gyaltsen, à savoir deux jours de Nyung Nä. Ensuite, deux semaines de retraite de Lam Rim, incluant des pratiques quotidiennes afin de purifier l’esprit et le charger positivement. Si vous le pouvez, foncez-y !”

Arnaud

Bien finir 2020 et bien commencer 2021

Nous finissons l’année avec quelques pratiques extraordinairement puissantes pour développer la compassion et des tonnes de mérite. C’est notre manière à nous de fêter Noël :

  • Vénérable Denyeu (Elio) guide une journée de pratique de compassion et de dévotion le 19 décembre à Paris sur la base du yoga de l’inséparabilité du maître spirituel et d’Avalokitéshvara. C’est un texte composé par Sa Sainteté le Dalaï-Lama durant sa jeunesse.
  • Vénérable Gyaltsen guide un Nyung Nä à Saint Cosme du 27 au 29 décembre, une pratique exigeante mais incroyablement efficace que Lama Zopa Rinpoche présente comme la meilleure manière d’utiliser notre précieuse renaissance humaine.
  • Une nuit de Tara a lieu le soir de la Saint Sylvestre, avec des pratiques toute la nuit. Finissons 2020 en beauté et commençons 2021 de manière auspicieuse en nous connectant avec cette déité qui représente l’activité éveillée de tous les bouddhas et qui élimine toutes les peurs et obstacles.


Nous prévoyons de commencer 2021 de manière non moins inspirante, avec une retraite de Lam Rim guidée par Vénérable Gyaltsen au centre de retraite, ainsi que des enseignements de Vénérable Robina Courtin. Il s’agit d’une enseignante renommée dans le monde entier pour ses qualités de pédagogue et sa manière percutante dont elle transmet sa sagesse profonde. Ce sera une activité en ligne uniquement, car elle ne pourra pas se déplacer.

Un entretien avec le Vénérable Gyaltsen

 

- Est-ce que tu peux nous raconter ton chemin dans le dharma ?

- C’est un ami d’enfance qui m’a parlé du bouddhisme en 2002 et cela m’a beaucoup inspiré. J’ai creusé en lisant des livres de Sa Sainteté le Dalaï-Lama et de Thich Nhat Hanh. Cela m’a amené au centre Kalachakra et je me suis tout de suite senti à la maison (rires).

Je me souviens encore de ma première méditation guidée. C’était avec Gisèle sur l’amour infini. J’ai commencé à fréquenter régulièrement le centre et à aider quand je pouvais. En parallèle, je faisais des retraites à l’institut Vajra Yogini, en particulier celles de Chenrezig avec Vénérable Charles. J’ai décidé de consacrer un an pour être bénévole à Vajra Yogini, car je voulais passer plus de temps à pratiquer. Au bout d’un an, je me suis dit que ma précieuse renaissance humaine ne s’arrêtait pas au bout d’un an. J’ai donc WhatsApp Image 2020 11 27 at 16.58.54cherché comment continuer à étudier et pratiquer. Il se trouve que le monastère de Nalanda commençait le PEBA en résidentiel et cherchait un comptable. Je n’avais pas beaucoup d’argent ; on a fait un arrangement me permettant de participer en faisant la comptabilité (c’était mon métier à l’époque). J’avais prévu un séjour de 3 mois, puis de préparer un retour au travail. Les 3 mois sont devenus 6 mois, puis un an et en 2010, soit deux ans plus tard, je suis devenu moine. J’avais réalisé qu’il n’y avait rien de plus important pour moi que de pratiquer le dharma. Certes cela demandait quelques sacrifices mais ça en valait vraiment la peine. J’ai fini le programme en 2012 et j’ai fait ma retraite de 3 mois au centre de retraite de Saint Cosme. 

C’est à ce moment-là que Vénérable Elisabeth m’a demandé si je pouvais guider des retraites de Lam Rim pour le centre. J’en ai guidé une première en 2013 pour une durée d’un mois, puis tous les ans à la même période, avec un petit groupe très motivé. Entre-temps je suis devenu directeur de Nalanda et j’ai commencé le master programme. Du coup on a baissé la durée guidée des retraites à 15 jours.

- Et tu en es où maintenant ?

- Je suis en transition. J’ai quitté le poste de directeur de Nalanda le 11 octobre et je viens à peine de finir le master program. Maintenant, je peux me concentrer sur la retraite d’un an du master. Je vais la faire à nouveau au centre de retraite de Saint Cosme. C’est Lama Zopa Rinpoché qui m’a demandé de la faire à cet endroit. C’est un retour au lieu où tout a commencé pour moi. 

Contempler les sujets du Lam Rim et les intégrer dans notre expérience est quelque chose qu’il faut faire au quotidien, mais le cadre d’une retraite permet des conditions plus favorables. C’est le but du Lam Rim de contempler et d’intégrer toujours davantage. Cela permet de travailler à fond avec les obstacles qu’on rencontre dans son esprit. 

Dans notre tradition on parle d’étude, de contemplation et de méditation. Étudier extensivement permet d’avoir une vue correcte de la voie pour éviter les incompréhensions. En parallèle, on analyse pour arriver à sa propre conclusion. Cela stabilise ce qui est étudié, et c’est là-dessus qu’on médite pour se familiariser et intégrer de plus en plus profondément... jusqu’à ce que cela devienne notre seconde nature. Parfois on génère un esprit d’amour mais il n’est pas spontané et il demande beaucoup d’effort. A force de reproduire l’expérience, cela en demande de moins en moins, puis cela devient spontané. 

Il ne faut donc pas voir l’étude et la méditation comme séparés. Ce qu’on étudie doit être intégré. C’est comme ça qu’on développe notre esprit sur la voie.

- Et avant ta retraite, tu en guides une autre pour le centre ?

- Oui, c’est la retraite annuelle de Lam Rim dont j’ai parlé. Cette année, on commence par un Nyung Né. C’est intéressant car c’est une grande purification. À travers la bénédiction de Chenrezig, c’est aussi un moyen de développer la compassion. C’est donc une expérience très bénéfique. Lama Zopa Rinpoché dit que c’est la pratique la plus bénéfique qu’on puisse faire en 2 jours. Cela constitue une très bonne motivation pour la retraite de Lam Rim suivie immédiatement après. 

Pendant 12 jours, on va étudier point par point tous les sujets de la voie graduée, depuis le maître jusqu’à la perfection de la sagesse. Le Lam Rim, c’est la voie graduée vers l’éveil. Tous les ingrédients pour devenir un Bouddha y sont condensés. On va donc surtout faire de la méditation analytique, mais suivant les conseils de Lama Zopa Rinpoché, on va aussi faire des pratiques pour accumuler des mérites et purifier notre esprit. Cela aide à mieux méditer. C’est un peu comme préparer une terre pour que ce qu’on y plante y pousse mieux. Ceux qui le souhaitent pourront prendre quotidiennement les préceptes Mahayana. On fera le gourou yoga de Lama Tsong Kapa pour demander l’inspiration du maître, ainsi que des prosternations, la pratique de Vajrasattva, …

L’expérience de cette retraite dépendra du background de chacun. Pour certains qui n’ont pas encore étudié le Lam Rim ce sera une découverte. Pour d’autres qui l’ont déjà étudié, une familiarisation et une manière de l’intégrer en soi.

- Et après ?

- J’ai fait le choix de ne pas y penser pour me concentrer sur ma retraite. A la fin, je demanderai conseil à Rinpoché. Je vais déjà faire la retraite, puis voir où mon esprit en est dans un an. Je n’ai jamais fait de retraite aussi longue et je ne sais pas comment ça va se passer. J’essaie aussi de ne pas avoir trop d’attentes. Je termine sept années intenses, à cumuler la fonction de directeur et l’étude du master program, et je suis content de pouvoir me poser et prendre du recul. On verra pour la suite tranquillement, avec l’esprit ouvert.

- Un mot de la fin ?

- Beaucoup de gratitude pour ce qui a été offert par les centres Kalachakra, Vajra Yogini et Nalanda. On est dans une tradition magnifique et on ne se rend pas compte de la chance qu’on a. Un grand merci à tous ceux qui nous aident : nos maîtres Lama Zopa Rinpoche, Lama Yeshe, Sa Sainteté le Dalaï-Lama, les directeurs, les spc, les bénévoles, les donateurs, ... C’est vraiment exceptionnel cette opportunité qu’on a ! C’est si précieux et si rare ! Il faut vraiment en prendre l’essence. C’est difficile de se rendre compte à quel point c’est précieux. Des fois, on rencontre des obstacles et des difficultés mais quand on regarde en arrière, on ne regrette jamais. Il faut se réjouir ! C’est important !

Propos recueillis par Arnaud

Les Aumôneries Bouddhistes en milieu hospitalier, par Elio

"Je souhaiterais mieux faire connaître l’existence des aumôniers bouddhistes au sein des hôpitaux.

Il existe en France une disposition dans la charte du droit des patients hospitalisés précisant qu’ils ont le droit d’avoir accès à un représentant de leur religion pendant leur séjour à l’hôpital.

Ainsi, l’UBF (Union des Bouddhistes de France) s’est mobilisée depuis 2013 pour créer ce service d’aumônerie, habilité par le Bureau central des cultes.

Nous sommes actuellement douze personnes réparties dans diverses régions de France et pouvant répondre à la demande des personnes hospitalisées. Nous sommes accrédités dans certains hôpitaux comme à Paris, et notre nom figure avec celui des autres représentants des cultes sur les panneaux d’affichage à destination du public. Dans d’autres hôpitaux les noms ne sont pas affichés.

Nos aumôneries sont malheureusement peu connues du grand public, et certaines personnes hospitalisées ne font pas appel à nous car elles ignorent probablement notre existence. C’est pour nous faire connaître davantage que j’ai voulu donner cette information. Si des personnes sont actuellement hospitalisées ou se trouvent dans un établissement médico-social, peut-être souhaiteraient-elles avoir nos visites. Nous serions heureux de le faire, dans les limites des distances raisonnables, afin de leur apporter présence, réconfort et prières. Nous pouvons également venir effectuer les rituels nécessaires lors des funérailles. Il suffit pour cela de nous contacter aux numéros de téléphone indiqués dans le dépliant ci-joint."

Elio Volpolini/Tenzin Dön Yö

Aumônier hospitalier Île-de-France

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Deux vidéos à ne pas manquer !

 Dans le cadre de l'émelisabethission « Les Chemins de la foi » ayant pour thématique « Sciences et religions, croire et savoir » (diffusée le 22/11/20), France 2 a dédié un segment aux effets de la méditation, selon les dernières avancées scientifiques. Vénérable Élisabeth y a parlé de la méditation comme une véritable « transformation de l'esprit » apportant la paix et le bonheur. Vous pouvez visionner l'extrait ici : https://youtu.be/hc_4OPp2b4k

 

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Geshe Damdul PHOTO 2Le centre Kalachakra a organisé un évènement exceptionnel en ligne, avec le Vénérable Géshé Dorji Damdul, traducteur de Sa Sainteté le Dalaï Lama et directeur du Tibet House à Delhi. Les 6,7, et 8 novembre dernier, Géshé Damdul a donné un enseignement en anglais, traduit en simultané en français, sur le Sūtra de la pousse de riz (Śhālistamba Sūtra). Pour ceux qui l'auraient raté, l'enseignement peut être visionné dans son intégralité ici : https://www.centre-kalachakra.com/mediatheque/436-commentaire-du-sutra-de-la-pousse-de-riz-shalistamba-sutra