Big love - Morceaux choisis - Episode 11

 

1971 (dernière partie)

construction de la gompa 72Quand Lama retourna à Kopan, il continua à enseigner deux fois par semaine et à prendre soin de Zopa Rinpoché. Comme une mère, il s’assurait que Rinpoché avait assez chaud, mangeait assez et restait propre. Les Tibétains et les Sherpas ne manifestaient guère d’intérêt pour la toilette mais Lama Yéshé, si. 

 

[…] Massimo Corona, un ami de Piero et Claudio, commença à suivre les cours de Lama : 

« Dès que Lama a commencé à parler, j’ai eu le sentiment qu’il ne parlait que de moi, de mon esprit, mes problèmes, mes attentes, mes erreurs et mes rêves. J’ai pensé, “mon Dieu mais c’est mon maître !” »

[…] « Quelques jours plus tard, je revins pour lui poser une question personnelle mais Zina « la chef » ne me laissa pas le voir. Cette nana était vraiment trop ! Je réussis finalement à contourner l’obstacle et lui posai ma question cruciale : “Lama, vous dites que nous devons toujours observer notre esprit, mais qui est-ce qui pratique l’observation ?” Il prit alors un bol d’offrande plein d’eau, le versa dans un verre vide. Puis il prit un autre bol d’eau et le versa aussi dans le verre. Puis il dit : « Maintenant, il y a deux eaux, peux-tu faire la différence entre elles ? » Ce fût une telle révélation que je ne trouvai rien à dire. Pratiquement chaque mot de Lama avait un formidable impact sur moi. »

[…] « Une fois que je rencontrai Lama près de la tchaishop [bicoque où l’on sert du thé au lait sucré] sur la route de Kopan, je fus choqué de le voir ramasser une pierre et menacer de la lancer sur un groupe de chiens qui nous aboyaient dessus. “ Ces chiens peuvent être très dangereux, dear ” ; il se fichait complètement de ce que je pouvais penser. »

[…] Une nuit, le bébé de Massimo et Carol, Maitri Dolma, n’arrêtait pas de pleurer ; désespérés, ils l’apportèrent à Lama. « Il l’observa quelques instants, puis passa son bras pour lui enlever une épine logée à l’arrière du genou. Elle s’arrêta immédiatement de pleurer » dit Massimo. « J’adorais être en compagnie de Lama. J’adorais l’odeur délicieuse qu’il dégageait. »

 

Tandis qu'une gompa (ou temple) sortait de terre à Lawudo, Ann trouva Lama Yéshé en mauvaise forme à son retour à Kopan en septembre.

Elle l’emmena aux urgences de Shanata Bhawan Hospital où les docteurs confirmèrent leur diagnostic précédent et dirent que d’ici un an ou deux, Lama aurait des difficultés respiratoires et s’affaiblirait de plus en plus. « Naturellement, dit Ann, cette nouvelle nous fit tous flipper. Lama de son côté prenait les choses à la légère mais cela n’aidait en rien. Quand, par exemple, nous lui souhaitions bonne nuit, il répondait : “ Oui, à demain matin. Enfin si je ne suis pas mort d’ici là ! ” Mon Dieu, pensions-nous, voilà où nous en sommes, nous commençons à construire une gompa et dans deux ans, il sera mort ! »

« Pauvre Lama, pauvre Lama, il va bientôt mourir ! » dit Lama à Age. « Mais vous aurez une bonne renaissance », lui répondit Age.

 

1972

la maison dAnn en 74 et les toilettesLa construction de la gompa de Kopan

C’était l’hiver, les conditions étaient idéales pour acheminer les matériaux de construction. Des moines du nouveau Collège tantrique de Gyutö, nouvellement réinstallé à Dalhousie, étaient à Boudhanath pour bénir le stoupa récemment frappé par la foudre. Lama leur demanda de venir à Kopan bénir les lieux. On donna à la gompa le nom de « Terre du Dharma insurpassable de l’éveil ».

Après coup, Ann demanda à Lama ce pour quoi il avait prié durant la poudja [cérémonie rituelle] : « J’ai prié pour que, si cette gompa devient vraiment bénéfique et profite à d’innombrables êtres, elle puisse être construite sur le champ, sans aucun obstacle, parce que je n’ai pas beaucoup de temps devant moi et que je ne veux pas gaspiller ma vie. Mais les choses se présentent bien. Au cours de ce genre de poudjas, on est attentif aux signes de bon augure. As-tu vu les deux chevaux qui galopaient sur la colline pendant la poudja ? L’un d’entre eux était blanc, c’est un signe très favorable, » me dit-il. 

 

construction de kopan 72[…] Le 14 mars, Lama Yéshé écrivit à Robie et Sandra Solick :

« Ces deux derniers mois, je n’ai donné aucun cours, j’ai été un lama-ouvrier du bâtiment. Chaque jour, je me lève à 7h et travaille avec les népalais à la construction d’un centre pour mes étudiants « golden flower ». Chaque jour, je supervise les ouvriers jusqu’à 18h puis je me retire et travaille sur des livres jusqu’au coucher. Maintenant nous avons quasiment fini la gompa et terminé neuf petites maisons de retraite avec des toilettes extérieures. Très bientôt, à la mi-avril, Zopa et moi ouvrirons la gompa aux étudiants et je continuerai mes enseignements dans les deux semaines qui suivront.

Zopa donne en ce moment un cours de méditation d’un mois à une vingtaine d’étudiants. Cela se terminera fin mars.

 Je suis très heureux que vous ayez continué à suivre les enseignements avec des lamas en orientant votre esprit vers la voie véridique.  Le Dharma est des plus fiables, plus que tout développement extérieur. Le seigneur Bouddha déploie des méthodes illimitées pour l’esprit illimité des êtres. 

[…] Je suis désormais un lama doté d’un compte en banque suisse, j’ai un compte à Genève, comme SS le Dalaï-Lama l’avait suggéré à Thoubtèn Zopa Rinpoché.

Ne vous faites pas de souci pour ma santé. La connaissance limitée des docteurs ne peut offrir une prédiction correcte sur le sujet. En tout cas, je ne crois pas ce qu’ils disent. Je serais content de venir en Amérique mais à la seule condition de pouvoir être bénéfique aux êtres, nos mères. Si un arrangement avec un ashram ou un centre s’avère possible, je pourrais faire une conférence, ou même une tournée de conférences dans les universités, ce serait très bien.

Quoi qu’il en soit, nous aurons beaucoup d’autres occasions pour reparler de ce sujet. Tout doux, tout doux ! »



Paroles de Maîtres, Lama Zopa Rinpoché

 

Comment utiliser les moulins à prières

En mars 2022, Lama Zopa Rinpoché a présenté l’attitude correcte à avoir au moment de tourner les fameux moulins à prières, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine. Traduction et annotations par Franck.

LZR“Le moulin à prière représente les paroles saintes de tous les Bouddhas compatissants. Elles se déploient [dans toutes les directions] et vous touchent, vous et chacun des êtres sensibles des six royaumes [les mondes des enfers, des esprits avides, des animaux, des humains, des demi-dieux et des dieux]. Elles purifient totalement les obscurcissements et le karma négatif. C’est alors que vous recevez, ainsi que tous les êtres, l’ensemble des qualités de Tchenrézi [en sanscrit Avalokiteshvara]. Si vous avez reçu la grande initiation de Tchenrézi, alors vous devenez Tchenrézi. Autrement, vous et l’ensemble des êtres en recevez toutes les qualités. C’est la méditation que vous faites quand vous tournez un moulin à prières. Faites-là toujours à l’attention de tous les êtres sensibles, pour purifier leurs obscurcissements et leur karma négatif, et alors ils sont libérés de toutes les souffrances.

Prenons l’exemple de la guerre en Ukraine… Les prières sont envoyées au peuple russe et au peuple ukrainien, les libérant totalement de la colère, de leur mental empoisonné, de leurs pensées d’auto-chérissement ; ils deviennent totalement libres d’obscurcissement, et alors tous les êtres reçoivent les qualités de Tchenrézi, l’amour bienveillant, la bodhicitta, la compassion, le bon cœur, toutes les qualités de Tchenrézi [vont] à tous les Ukrainiens, tous les Russes et tous les êtres sensibles. “

Le billet de la directrice : "Retour aux sources"

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Chers amis du Dharma,  

En mars dernier, j‘ai eu l’opportunité de voyager du côté de Katmandou, à Bodnath où j’ai vécu de nombreuses années. Je souhaitais revoir le magnifique stoupa, entièrement reconstruit avec l’aide d’un nombre important de bénévoles, après le fameux tremblement de terre de 2015 qui l’avait beaucoup endommagé. J’ai beaucoup rêvé de ce lieu et j’avais vraiment envie d’y retourner.

Le matin, pour les prières et la méditation, je m’installais sur une terrasse qui donnait directement sur le stoupa. J’ai beaucoup aimé ces moments, car l’intensité de ma ferveur près de cet édifice sacré n’avait rien à voir avec celle que j’éprouve habituellement dans ma chambre ! Cela montre clairement le pouvoir des objets saints. Rinpoché parle beaucoup de ce pouvoir, et il pousse à la construction de tels objets dans les centres. Dans celui de Paris, nous n’avons pas beaucoup de place, mais nous faisons de notre mieux à Saint-Cosme, avec en ce moment la mise en place de la magnifique statue de Padmasambhava. Il y aura aussi prochainement un mur de pierres de mani [des pierres gravées du mantra de Tchenrézi, Om Mani Padme Houm]. 

J’ai pu passer du temps au monastère de Kopan, ainsi qu’avec mon amie la vénérable Karin qui vit sur place, ou avec Vénérable Roger, directeur de la FPMT et avec qui j’ai pu discuter de projets futurs.

J’ai aussi reçu la bénédiction et eu l’occasion de passer plusieurs soirées avec Lama Zopa Rinpoché. Il pratique et enseigne dans une salle incroyablement chargée en offrandes près du stoupa. Rinpoché fait beaucoup d’offrandes et de circumambulations autour de l’édifice. Il a notamment évoqué la synergie entre les trois stoupas de la vallée de Katmandou.

Ces visites de lieux saints et ces rencontres avec les maîtres, après les épreuves et les crises sanitaires que nous avons traversées depuis deux ans, ont contribué à un magnifique ressourcement spirituel.

Joyeux printemps à tous !

 

Élisabeth

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Une récompense peu commune, par Franck

 

Certes, je me trouve dans le samsara, caractérisé par une souffrance quasiment permanente. Mais la pratique m’est d’un immense soutien au quotidien. Et parfois, un encouragement majeur peut se manifester, en réponse directe à une motivation et à une pratique justes. Voici le récit d’un présent qui n'a pas de prix. Il est inestimable car sa pureté n'est pas soumise à l'impermanence...



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Il était une fois, au sortir de la méditation quotidienne…

Un soir, je remplace Djamel pour la pratique de Tara sur zoom ; je tâche de vraiment m’appliquer lors de l’animation, pour qu’elle soit le plus bénéfique aux participants et aux êtres, et je ressens une dévotion toute particulière durant le rituel. Le lendemain matin, juste avant d’entrer en méditation, je lis comme à mon habitude une des citations d’un livre de mon Maître, qui est en rapport avec les “expériences” que l’on peut avoir pendant ou après une session. Puis je m’installe et je commence la méditation, qui se déroule sans fait notable particulier… Ensuite, je me lève du coussin et comme chaque jour, je pars à pied chercher du pain à la boulangerie. Nous sommes le 10 avril 2021, il est midi. C’est lors de ce déplacement que “cela” est arrivé.

 

Cela n’est pas une simple expérience

Comment expliquer “cela” avec des mots ? Pour schématiser grossièrement, il est possible de parler d’ “esprit vide”, sans la moindre pensée, d’une clarté indescriptible tant elle est vierge et nue, un peu comme l’atmosphère rafraîchissante que l’on ressent à l’aube d’une journée estivale. Cela n’a rien à voir avec une simple sensation de tranquillité ou de calme, car cela est complètement pur. Cette situation inédite, particulièrement hors de la méditation formelle, m’a donné envie de rire… de crier de joie avec ma baguette sous le bras. Le corps marchait en direction de la maison, et tout était bien, tout était parfait. Et puis doucement, cela s’est estompé. Mais, j’allais le découvrir par la suite, cela est demeuré à l’état de potentiel, toujours disponible.

 

La vie ne sera plus jamais comme avant

En fait, tu es toujours là, mais la plupart du temps tu restes voilé. De plus en plus souvent, tu te manifestes spontanément avant d'être éclipsé par l'ego, ton puissant concurrent. Il m’est aussi possible de te générer à tout instant, alors tu viens, puis tu t’en vas quand une fois de plus, le mental parvient de nouveau à te submerger. 

Ce n’est pas grave, car je sais que tu es là, et que plus rien ne sera vraiment comme avant. Malgré les hauts et les bas, je te cultive donc par une pratique persévérante, inspirée par une forte motivation. Car tu ne demandes qu’à être réalisé.



Franck