Carnets de retraite, par Véronique, Philippe et Magali

 

Focus sur deux semaines intenses au centre de retraite. Découvrez les mémorables ressentis des deux animateurs Véronique et Philippe, ainsi que ceux de Magali, la gestionnaire.

 

Petit retour d’expérience, par Véronique Andersen

vipa“Pour cette première guidance de retraite, je voudrais commencer par remercier les retraitants pour leur discipline exemplaire qui m’a grandement facilité la tâche, ainsi que Jean-Jacques Maillard qui m’a fait découvrir cette pratique si précieuse et magnifique. Les premières heures ont été l’objet d’un stress et d’une agitation intérieure certaine. Le doute n’était jamais loin à propos de ma légitimité à mener cette retraite. Serai-je capable d’assumer sur la durée de la semaine, de mener et d’apporter aux pratiquants l’accompagnement et le soutien dont ils ont besoin ? Le second jour, dès l’instant où j’ai lâché le contrôle et me suis mise « en conduite accompagnée », c’est à dire que j’ai laissé faire le maître et le yidam, la pression s’est dégonflée et la retraite s’est déroulée « seule ». Comme si j’étais téléguidée. Le lâcher prise et la confiance ont pris le dessus, autorisant cette bascule. J’y voyais là une confirmation de ce que Lama Yeshe écrit dans  « L’espace du Tantra », à savoir qu’il faut en finir avec nos considérations sur nos limitations, et s’ouvrir, faire confiance à notre nature éveillée. « Ayant grandi dans l’habitude de toujours nous voir incomplets ou fondamentalement en manque, il ne nous vient pas à l‘esprit de nous tourner vers nos propres ressources intérieures, vers notre force intérieure pour trouver une solution à nos difficultés. » C’est clair comme de l’eau de roche, aurait dit ma vieille professeur de physique...”

 

 

Mahamoudra, par Philippe

maha“Notre semaine de méditation a débuté par une journée printanière nous mettant ainsi le cœur en fête et l’esprit en joie. La floraison des arbustes alimente la contemplation de nos méditations marchées. Les journées se succèdent au fil de nos exercices de respirations et de nos méditations de calme mental. Et nous investiguons sur des questions de vision profonde concernant la nature de l’esprit…”

 

 

Dans les coulisses de Vipassana/Mahamoudra, par Magali

padma“Je reviens au Centre de Saint-Cosme le 17 février suite à une petite pause, après les retraite de Lamrim de décembre/janvier, afin de préparer les retraites Vipassana et Mahamoudra de cet hiver. Le centre s’est un peu endormi, un peu de nettoyage, de rangement, quelques courses, les derniers calages avec Véronique, pour qui c’est une première, et Philippe, sur le déroulé des retraites, la gestion des dernières inscriptions. Nous nous préparons aussi au passage d’Eunice, qui commence à envoyer quelques bourrasques.

C’est maintenant la troisième fois que j’accueille une retraite Vipassana. C’est un moment particulier, avec le silence, le recueillement sur soi et la sérénité nécessaire de la vie du centre autour des retraitants pour qu’ils vivent au mieux ces moments. Une différence cette fois, nous devons faire la cuisine ! J’ai de la chance, Evelyne, Marie-Christine et Martine se relaient et nous assurons les repas pour les 25 personnes qui mangent chaque jour.

Samedi 19 février, les premiers retraitants arrivent les uns après les autres, en train, en voiture, Véronique aussi. Certains sont des habitués, pour d’autres c’est une première. Les derniers papiers, les consignes alimentaires, les petites questions (« j’ai besoin d’une couette supplémentaire », « si on doit vous demander quelque chose, comment fait-on ? »…) Le centre est plein, le premier repas est joyeux, le vent souffle dehors, Eunice est bien sur Saint-Cosme.

Dimanche 20 février, après une nuit tempétueuse, le silence s’est installé dans le centre et dans le jardin, nous œuvrons les plus invisibles possible, on sent l’intensité de l’expérience. C’est aussi une retraite pour nous, moins parler, moins faire de bruit, penser à organiser nos actions en suivant les sessions. Seul événement dans cette semaine Vipassana, l’arrivée de la statue de Padmasambhava (photo). Nous l’accueillons avec Vénérable Gyaltsen et l’installons en Recueil de sagesse. 

Le soleil est venu éclairer les derniers jours de cette retraite. Dimanche 27 février, 7h, fin de la dernière session, les tables sont rapprochées, les langues se délient, les regards se croisent enfin, dernier petit déjeuner en commun, partages d’expériences ou de souvenirs.

Et déjà, afin de préparer l’arrivée des retraitants de Mahamoudra le soir même, le nettoyage des chambres, les navettes à la gare, le repas du midi, en prenant soin de dire au revoir à ceux qui partent et de garder des sourires pour ceux qui arrivent. Le soleil et un magnifique ciel bleu sont là aussi pour accompagner ce joyeux et industrieux dimanche.

Jeudi 3 mars, le soleil revient entre deux nuages, après quelques jours plus gris, le ciel est clair, les retraitants peuvent profiter du parc et du bois pour les marches méditatives, la retraite "bat son plein". Nous fêtons Losar avec discrétion mais intensité. Les jours à venir seront à n’en pas douter aussi riches que les précédents.”




Big love - Morceaux choisis - Episode 10

 

 

Réponses de Lama à une interview concernant le maître spirituel

Lama et sa chienne DrolmaQ. Quelle est votre définition d’un gourou ?

Lama Yéshé : Un gourou est une personne qui peut vous montrer réellement la véritable nature de votre esprit et qui connaît les remèdes parfaits à vos problèmes psychologiques. Quelqu’un qui ne connaît pas son propre esprit, ne peut jamais connaître celui des autres et ne peut donc être un maître. Il sera toujours incapable de résoudre leurs problèmes.  Soyez extrêmement vigilant avant de prendre quelqu’un pour gourou, les imposteurs sont légion et les Occidentaux, souvent trop crédules. Quelqu’un se présente : « Je suis un lama, je suis un yogi, je peux vous donner la connaissance. » et ces jeunes Occidentaux sérieux se disent : « Je suis sûr qu’il peut m’enseigner des choses, je vais le suivre. » Cela peut vraiment vous attirer des ennuis. On m’a parlé de plusieurs cas de gens dupés par des charlatans. Les Occidentaux ont tendance à faire confiance trop facilement. Les Orientaux sont beaucoup plus sceptiques. Prenez votre temps, détendez-vous et vérifiez.

 

Q. Pourquoi a-t-on besoin d’un maître ?

Lama Yéshé : Pourquoi avez-vous besoin d’un prof d’anglais ? Pour communiquer. C’est pareil pour l’éveil. L’éveil aussi, c’est de la communication. Même pour des activités mondaines comme le shopping, nous avons besoin d’apprendre le langage qui nous permettra de communiquer avec les commerçants. Si nous avons besoin d’enseignants pour cela, évidemment que nous en avons besoin pour nous guider tout au long d’une voie qui traite d’inconnus tels que les vies passées et futures et les niveaux profonds de conscience. Ce sont là de toutes nouvelles expériences, vous ne savez ni où vous allez, ni ce qui se passe. Vous avez besoin d’être sûr que vous êtes sur la bonne voie et non victime d’hallucination.

 

Q. Comment reconnaît-on le bon enseignant ?

Lama Yéshé : Vous pouvez reconnaître votre maître en utilisant votre propre sagesse au lieu de suivre aveuglément quelqu’un. Enquêtez sur vos maîtres potentiels le plus possible. « Est-il ou non le maître qui me convient ? » Faites un examen profond avant d’adopter quelque conseil qui soit de sa part.  En tibétain, nous avons une exhortation à ne pas prendre un maître comme un chien s’empare d’un morceau de viande. Si vous donnez un bout de viande à un chien affamé, il l’engloutit instantanément sans hésiter.  Il est crucial que vous examiniez avec le plus grand soin, les potentiels chefs spirituels, enseignants, gourous -peu importe le nom que vous leur donniez- avant d’accepter leurs conseils. Rappelez-vous ce que je vous ai dit à propos des conceptions erronées et des doctrines polluées qui sont plus dangereuses que les drogues. Si vous suivez les fausses idées d’un faux guide spirituel, cela peut avoir sur vous un effet désastreux et vous conduire à gâcher non seulement cette vie mais de nombreuses autres avec. Au lieu de vous aider, cela peut vous nuire gravement. S’il vous plaît, faites preuve d’une grande prudence dans le choix de votre maître spirituel.

 

Témoignage d’Anila Ann

Anila Ann est alors une nonne canadienne récemment ordonnée qui avait commencé à suivre le premier cours de Kopan enseigné par Lama Zopa. Lama qui résidait alors chez Max à Boudha (ou Bodhnath), vint la trouver à Kopan et lui dit :

Lama et Anila Anne 1971« Anne, tu vas quitter le cours et monter à pied avec quelques personnes à Lawudo pour y passer l’été. Lama Zopa va y monter dans quelques jours mais il n’y aura pas de place pour toi dans l’avion. » Il me dit aussi qu’il partait en Inde avec Max.

« Je me sentis soudain totalement déstabilisée. Il me tendit son bras doré, lumineux et précieux, et m’offrit sa main. Je la pris tout en douceur et il dit : « Ne t’inquiète pas, viens dans ma chambre cette nuit ; sur mon lit, tu trouveras ma cape. Enroule-toi dedans et assieds-toi sur mon lit pour méditer. Demain, tu pourras partir pour Lawudo. »

« Après dîner cette nuit-là, je filai directement dans la chambre de Lama chez Max. il s’agissait en fait de la véranda qui avait une vue magnifique sur le stoupa de Boudha. Je me pelotonnai dans la cape, me sentant un peu perdue, un peu abandonnée à l’intérieur. Je savais que Lama Zopa prendrait soin de moi à Lawudo mais j’avais toujours ce même sentiment d’insécurité. Comme en méditation, ce que je pouvais faire de mieux était de visualiser Lama Yéshé assis face à moi. Alors sa bouche s’ouvrit comme s’il allait parler mais il continua de l’ouvrir de plus en plus grand jusqu’à ce que je puisse voir au travers cette incroyable vastitude d’une nuit sans lune pleinement étoilée. C’était comme pénétrer l’univers. Sa bouche et son visage se mirent à fondre pour laisser place à la seule vacuité. J’en ressentis le choc et la vision s’arrêta immédiatement.

Cela se passait des années avant que je réalise que, durant ces premiers mois, Lama m’avait vraiment donné tous les enseignements qu’il avait à me donner mais d’une manière très subtile. »



Quelques éléments de réflexion concernant la guerre en Ukraine

 

Afin d'appréhender cette situation dramatique avec un regard plus affuté, le Centre Kalachakra vous présente le conflit sous l’angle religieux local ainsi que des extraits de conférences récentes de Sa Sainteté le Dalaï Lama et de Son Éminence Ling Rinpoché. Enfin, nous présentons un rappel de Lama Zopa Rinpoché à propos de la pratique très bénéfique du Soutra de la Lumière Dorée, qu'il est possible de réciter au Centre parisien (texte par Élisabeth - photo : église Saint-André de Kiev).

 

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En Ukraine, la religion est l’autre guerre (texte inspiré de “Journal chrétien” du 26/2/2022)

Les chefs des églises orthodoxes d'Ukraine et de Russie se livrent une véritable guerre d'influence aux enjeux résolument politiques. Kiev étant le berceau du christianisme orthodoxe, Moscou ne peut se permettre de perdre pied dans ce pays. En 2019, l'église orthodoxe ukrainienne a suscité une opposition frontale de la part de l'église orthodoxe russe. Cette dernière ne lui reconnaît en effet aucune légitimité canonique. Pour la Russie, être séparé du territoire sur lequel le christianisme a donné naissance au monde orthodoxe est inconcevable. De plus, la gestion des lieux de culte (notamment les grands monastères en Ukraine) dont la Russie avait jusqu’à récemment la charge est également un grand enjeu : la position de leadership au sein de l’orthodoxie.

 

“Les religions doivent être source de paix” - Sa sainteté le Dalaï Lama (28/2/2022)

“Notre monde est devenu si interdépendant qu’un violent conflit entre deux pays impacte le reste du monde. Les guerres sont dépassées, la non-violence est la seule issue. L’humanité doit développer un sens d’unité et considérer tous les êtres comme frères et sœurs. Nous devons construire un monde meilleur et les problèmes et désaccords peuvent être résolus à travers le dialogue. La paix véritable vient de la compréhension mutuelle et du respect du bien-être de chacun. Nous ne devons pas perdre espoir. Le XXème siècle a été marqué par des guerres et des génocides. Le XXIème doit être un siècle de dialogue. Je prie pour que la paix soit rapidement restaurée en Ukraine.”

 

“Tous les êtres doivent pouvoir vivre en harmonie dans ce monde comme les membres d’une famille” -  Son Éminence Ling Rinpoche (27/2/2022)

“La violence ne fait qu’empirer les évènements et provoque de graves conséquences. Elle blesse et heurte les sentiments d’un peuple durant plusieurs générations, et amène ressentiment et traumatisme. Aujourd’hui, notre famille, nos frères, nos sœurs, parents, enfants et amis en Ukraine font face à des situations extrêmement difficiles. [Je] prie pour que la paix soit restaurée en Europe et dans le monde.”

 

Lama Zopa Rinpoché donne un conseil de pratiques pour répondre à la situation en Ukraine. 

La récitation du Soutra de la Lumière Dorée est ce qu’il y a de plus bénéfique pour restaurer la paix et mettre fin à la violence et la souffrance. Même quelques lignes sont bénéfiques. Rinpoché a également arrangé plusieurs rituels au monastère de Kopan. Chaque mardi à 15h30, le Centre Kalachakra est ouvert à tous pour réciter ensemble le Soutra de la Lumière Dorée.


Paroles de Maîtres, Lama Yéshé

 

La vraie souffrance et sa cause

 

Lama Thubten Yéshé (1935-1984), qui a créé la FPMT avec Lama Zopa Rinpoché, était capable de transmettre les enseignements bouddhiques tibétains dans des termes clairs, résonnant auprès des étudiants occidentaux qu’il a rencontrés et instruits dans les années 1970 et 1980. De nos jours, les enseignements de Lama Yéshé sont toujours considérés auprès des étudiants comme profondément remplis de sens. Voici un de ses enseignements à propos de la souffrance, tiré d’une conférence publique sur les Quatre Nobles Vérités, donné à plus de 300 personnes au Kew Town Hall de Melbourne (Australie) en 1977 (édition du texte par Nicholas Ribush, traduction par Franck).

 

 

yeshe" En règle générale, nous ne comprenons que les états superficiels de souffrance, comme lorsque quelqu’un a une migraine ou est en train de pleurer. Nous disons, “Oh, il souffre tellement.” Mais nous n’avons pas de connaissance de la vraie souffrance - les désordres, les conflits et les insatisfactions qui pervertissent l’esprit. Il est difficile de comprendre la nature de la vraie souffrance.

 

Souffrir, c’est beaucoup plus qu’avoir mal à la tête ou saigner quand on est blessé, ce genre de souffrance étant facile à appréhender. Le type de souffrance le plus fondamental est l’insatisfaction permanente que nous expérimentons dans nos vies. Vous pouvez être riche, beau ou puissant, cela n’a pas d’importance. L’insatisfaction est toujours là, tout le temps, nuit et jour. Ceci est la vraie souffrance. Peu importe que vous soyez en train de marcher, de danser, de rire ou même d’embrasser totalement la vie. En ce qui concerne la souffrance, tous les êtres humains sont égaux.

 

La cause de l’insatisfaction est un manque de sagesse, c’est de ne pas connaître la réalité de la vraie souffrance. C’est le problème fondamental de l’être humain. Nous devrions réfléchir à la nature de l’insatisfaction et examiner ce qui crée les causes de la souffrance. De nombreux occidentaux pensent, “Je suis heureux ! Pourquoi je réfléchirais à propos de la souffrance ? Je ne veux pas parler de la souffrance, de l’insatisfaction, de la confusion. J’ai tout.” Mais si nous examinons attentivement, nous voyons que chacun d’entre-nous est relié à quelqu’un d’autre, un autre être sensible. Nous partageons cette planète avec des millions d’autres êtres vivants. Et dans ces relations, nous expérimentons de la confusion et de l’insatisfaction. Nous voulons être heureux, mais c’est difficile.

 

 

Que vous soyez ou pas dans une relation spécifique avec une personne n’importe pas. Chaque être humain souhaite être heureux et ne pas souffrir. C’est identique pour chacun d’entre-nous. Que vous soyez porté sur la religion ou pas, vous avez des concepts, des idées dans votre esprit à propos de ce qui vous rendra heureux ou malheureux. Nous avons tous ce genre de pensées. Même les enfants, bien avant qu’ils puissent exprimer leurs pensées par des mots. Ces attirances et ces aversions sont de nature intuitive. Les êtres humains sont affairés à tenter de résoudre leurs problèmes dans le but d’être satisfaits et heureux, motivés par un sentiment intuitif de “je veux, je veux, je veux.”

 

 

Alors la question est, “Quelle est la solution à cela ? Comment apporter la satisfaction humaine ?” Nous ne connaissons vraiment pas la réponse. Alors, nous nous hypnotisons nous-mêmes, en pensant qu’aucun problème n’existe. Mais c’est complètement irréaliste. C’est une vue erronée. Si vous ouvrez les yeux et que vous examinez votre vie en profondeur -la quantité de satisfaction que vous avez réellement dans votre vie-, vous en arriverez à la compréhension, plutôt qu’à vous hypnotiser vous même en croyant à une hallucination. Si nous faisons une vraie investigation, nous comprendrons que le désir d’être heureux et d’éviter la souffrance est une caractéristique fondamentale de tous les êtres humains.

 

De plus, en ne comprenant pas que la racine de notre confusion et de notre insatisfaction ne se trouve pas à l’extérieur de nous mais à l’intérieur, qu’elle est une partie de notre esprit, nous avons des jugements erronés et arrivons à de mauvaises conclusions. Même si vous n’êtes pas philosophe, vous avez cette philosophie instinctive en vous. Il est nécessaire d’examiner attentivement vos pensées pour détecter ce type de principes erronés, afin de pouvoir le corriger, l’éliminer. Ainsi vous coupez la racine des conceptions fausses, principale cause de souffrance."