“Big love” - Morceaux choisis - Deuxième partie

Nous avons le plaisir de vous présenter à nouveau ce mois-ci un extrait en français de la biographie de Lama Yéshé, “Big love”. Merci à Michelle pour la traduction.

 

L’apprentissage de l’anglais 

 

[Au milieu des années 60], Sa Sainteté le Dalaï-Lama envoya un message à Buxa demandant aux moines seniors et aux guéshés d’apprendre des langues vivantes, notLamaYeshephotoamment l’anglais, afin de promouvoir le bouddhisme tibétain en Occident. Pour la plupart des moines, l’intérêt n’allait guère au-delà de l’envie de savoir dire « bonjour », mais Thoubtèn Yéshé, lui, s’était mis depuis quelque temps à apprendre l’anglais sans attirer l’attention. Ses camarades de classe raillaient sans cesse cet intérêt inhabituel, persuadés qu’étudier la philosophie bouddhiste était la seule chose qui vaille la peine. « Je sais ce que je fais, » leur répondait-il.

 « Il commença à arriver tard aux sessions de débats du matin pour, parfois, ne plus y venir du tout, » dit son camarade Guéshé Djampa Gyatso. « C’est parce qu’il restait éveillé tard à étudier l’anglais. Il fut l’un des premiers moines de Buxa à posséder un livre de vocabulaire en anglais qu’il cachait sous son oreiller pour éviter de se faire prendre. » Thoubtèn Yéshé appréhenda l’étude de l’anglais comme un moine, en mémorisant les temps passé, présent et futur de tous les verbes jusqu’à ce qu’il puisse les réciter par cœur.

Parallèlement à l’anglais, Thoubtèn Yéshé étudiait durant la nuit la grammaire et la poésie tibétaines, de manière également secrète. « Très vite, tout le monde réalisa que ce moine se distinguait vraiment des autres. Nous vivions tous sous la même véranda et je voyais comment il passait ses journées à mémoriser les textes. La nuit, il faisait mine d’aller se coucher mais se relevait pour étudier d’autres choses, » dit Guéshé Djampa Gyatso. 

Parlant de Guéshé Rabtèn qui lui enseignait chaque jour, Lama Yéshé dit : « Je ressens Guéshé Rabtèn dans mon cœur. Il se peut que je ne suive pas à la lettre tous les engagements mais je fais comme je le sens. J’essaie vraiment de pratiquer le Dharma, je ne me contente pas de dormir. »

Dans les débats, il était de plus en plus passionné, nouant les longues manches de sa chouba autour de sa taille, à la place du zen qu’il avait laissé derrière lui au Tibet. « L’espace pour les débats était un lieu très triste, plein de fantômes et de chagrins dans une chaleur humide et opprimante, mais quand Thoubtèn Yéshé se produisait, il remontait le moral de tout le monde et provoquait les rires, » dit Guéshé Djampa Gyatso.

La FPMT : une culture de la sagesse

FPMT logo color

« Quand les gens ordinaires meurent, ils n’ont aucun contrôle sur ce qui se passe. Parce qu’ils ne se sont pas entraînés durant leur vie, ils sont complètement dépassés par l’expérience de la mort et désarçonnés lorsque l’équilibre des éléments de leur corps est rompu et que ceux-ci cessent de fonctionner en harmonie. » Lama Thubten Yeshe

Chaque organisation a une culture qui lui est propre et qui la caractérise. Dans les centres, les projets et les services de la FPMT du monde entier, une culture de la sagesse propre à la FPMT est au cœur de chaque activité. Elle se traduit dans le choix des orientations, des œuvres de bienfaisance et des programmes d’enseignement.

Cette culture de la sagesse est le produit de l’union de deux manières absolument uniques de présenter la philosophie bouddhique, et illustré par l’œuvre de la vie de nos fondateurs, Lama Yeshe et Lama Zopa Rinpoche. Leur méthode conjointe d’enseignement, qui se traduit dans le triptyque « étude - pratique - service », a été mise au point lors des cours de méditation qui ont commencé à Kopan, au Népal, en 1971.

Lama Yeshe était tellement persuadé que la culture de la sagesse définissait la FPMT qu’il a inclus les termes « pour la culture de la sagesse » dans le nom des premiers centres et projets. Par exemple, l’Institut Chenrezig, en Australie, s’appelait initialement « Institut Chenrezig pour la culture de la sagesse » et les « Éditions de la sagesse » (Wisdom Publications), qui se trouvent maintenant aux États-Unis, étaient au départ dénommées « Éditions pour la culture de la sagesse » (Publications for Wisdom Culture).

Les termes « culture de la sagesse » ne sont plus aujourd’hui autant employés que du vivant de Lama Yeshe. En ces temps d’abréviations et de langage SMS, il se peut qu’ils soient considérés comme un appendice trop long s’il fallait les ajouter au nom des centres et des projets. Pourtant, si le vocabulaire employé par Lama Yeshe était parfois non conventionnel, il était toujours exact et précis. Voici ce qu’il expliquait :

« Ce que nous comprenons généralement par ‘culture’ désigne l’esprit particulier, les illusions collectives d’un certain territoire ou d’un certain peuple. En réalité, cela n’a rien à voir avec la vérité de la sagesse du Dharma. En étendant un peu le sens de ce mot au-delà de son sens ordinaire, on pourrait dire que le Dharma est la ‘culture’ du développement progressif de notre sagesse. J’ai été élevé dans une grande culture, dont l’ancienneté dépasse deux mille ans. Maintenant, je travaille avec des Occidentaux. Je pense que la rencontre de l’Orient et de l’Occident se produit de façon abrupte, mais qu’elle pourrait progressivement s’établir à un niveau plus subtil de compréhension réciproque. Je pense que nous devons travailler à l’édification d’une culture de la sagesse. »

Les méthodes d’enseignement de Lama Zopa Rinpoche se caractérisent par une présentation détaillée et traditionnelle du bouddhisme, à laquelle la conduite de Rinpoche, semblable à celle des yogis, donne un supplément de vie. Au sujet du but de la FPMT, Lama Zopa Rinpoche a dit :

« La conclusion est que tout le monde doit pratiquer le lamrim, qui est le cœur du Dharma. Surtout, nous devons nous efforcer de vivre avec la motivation de la bodhicitta, en particulier en chérissant les autres, ce qui est la plus essentielle de toutes les pratiques. Nous devons faire de la réalisation de la bodhicitta notre but principal, fondé, bien entendu, sur la dévotion au maître spirituel. »

De Lama Yeshe à Lama Zopa Rinpoche, toute la palette des manières possibles pour chacun de développer pleinement son potentiel le plus élevé est manifestée. La culture de la sagesse a pour racines la joie, l’amour et le dévouement total au service des autres que les deux Lamas personnifient et inspirent. Cette culture de la sagesse s’appuie aussi sur l’accent qu’ils mettent à propos de l’importance de parcourir l’itinéraire du développement de l’esprit. C’est-à-dire les étapes qui sont présentées de façon structurée dans le lamrim, la voie graduée vers l’éveil.

La culture de la sagesse de la FPMT, qui traduit l’éventail de ces possibilités, peut se résumer ainsi :

  • - L’ouverture et la largeur de vues dans la manière de présenter le Dharma. Le style de l’enseignement de Lama Yeshe n’était pas traditionnel, mais il était pourtant pur dans sa source et dans son contenu. Lama Yeshe rendait le Dharma accessible en fonction de la culture personnelle et des besoins de chaque étudiant.
  • - Le détail et la profondeur de l’instruction. Le style d’enseignement de Lama Zopa Rinpoche met l’accent sur la manière de pratiquer et de donner du sens à chaque instant, grâce, en particulier, à la dévotion au maître spirituel, à la motivation de la bodhicitta, aux pratiques intensives pour purifier les négativités et accumuler les mérites, et à la réalisation des enseignements du lamrim dans le cœur, et non uniquement par l’étude intellectuelle.
  • - La pratique constante de l’accumulation des mérites et de la purification. Ces pratiques sont considérées comme essentielles pour procurer le bonheur mondain et pour préparer l’esprit aux réalisations.
  • - Le recours confiant au tantra. Les étudiants sont incités à développer la confiance spirituelle.
  • - Le respect et le soutien envers la Sangha ordonnée. Nous considérons la Sangha ordonnée comme essentielle à notre tradition.
  • - La culture du sentiment d’appartenance à une famille. La FPMT est une famille de pratiquants qui s’étend dans le monde entier, et dont l’unité repose sur une culture partagée, la dévotion à nos enseignants et l’utilisation de supports de pratique communs.
  • - Le fait de voir les choses en grand. Lama Yeshe enseignait : « Quoi que ce soit, absolument tout est possible ! »
  • - Chérir les autres. Répandre un amour universel pour tous les êtres.fpmt banner logo

Le départ de Jacqueline et l'arrivée de nouveaux bénévoles au centre de retraite

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Jacqueline a assuré la gestion du centre de retraite de Saint Cosme pendant un an et va céder sa place pour réaliser de nouveaux projets. Gérer le centre de retraite, c'est prendre en charge toute son organisation : préparation des chambres, gestion des arrivées, accueil des retraitants, achats, comptabilité, ... Mais le plus important reste la recherche du bien-être des retraitants tout au long de leur séjour à Saint Cosme. Jacqueline a assuré cette mission avec soin et le sourire aux lèvres, alors même que le centre était impacté par l'incertitude et les contraintes imprévisibles que nous avons connues en 2020. Lors de chaque retraite, les participants nous ont dit qu'ils avaient beaucoup apprécié son accueil. Nous la remercions pour tout ce qu'elle a apporté au centre et lui souhaitons la plus grande réussite pour ses nouveaux projets.

En avril, la gestion du centre va être assurée par trois nouveaux bénévoles qui sont en train de s'installer à Saint Cosme : Christine, Pascale et Philippe. Cette nouvelle équipe profite de sa retraite de l'activité professionnelle pour s'engager davantage sur le Dharma. Nous en sommes très heureux. C'est une véritable communauté permanente qui est en train de naître, de nouvelles "forces vives" apportant compétences et projets. Nous leur souhaitons la bienvenue.

Il était une fois… Une forêt, un jardin, au centre de Saint Cosme

Le nouveau projet dédié à l’environnement a pris corps durant la deuxième semaine de mars au centre de retraite, sous l’égide de Marie Christine et François.

Nous étions une douzaine, venus des quatre coins de l’hexagone et bien décidés à nous transformer en bûcherons de la Sartre, tant cette idée nous avait séduit. 

Il faut dire que le centre de retraite est un terrain de jeu idéal.

Bûcherons d’un jour, bûcherons toujours !

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Le lundi, nous nous sommes retrouvés pleins d’énergie et de bonne humeur, pour attaquer.

Sur les orientations de Marie Christine,

un sécateur pour lui,

une pelle pour elle,

une pioche pour moi,

une bêche pour toi,

des bottes pour tous,

une fourche et une tronçonneuse à nous partager.

Brrrrrr (ça, c'est le bruit de la tronçonneuse) !!!!!!

Dès potron-minet, nous nous sommes éparpillés dans la petite forêt attenante au parc du centre, accompagnés par le chant des oiseaux et la fraîcheur matinale.

D’heure en heure, nos coupes ont envahi les allées et la forêt s’est remplie de lumière.

Petit à petit les ruisseaux qui entourent le bois ont recommencé à gazouiller après que d’aucuns s’y soient mouillés les bottes,

et un pont « Philippe » (du nom de son créateur) a vu le jour.

Il a été aussitôt inauguré par nous-autres bûcherons.

Il nous a permis d’enjamber le ru couvert d’iris qui ne demandent qu’à s’ouvrir.

Au fur et à mesure des jours et du débroussaillage, des idées sont nées pour rendre ce lieu encore plus emprunt de sérénité qu’il ne l’est déjà.

Et il n’y a pas que la forêt qui revêt des habits nouveaux...

En attendant de voir ce lieu devenir une forêt sinon enchantée du moins enchanteresse, des graines ont été semées à la volée.

Le soleil et la prochaine chaleur du printemps et de l’été les feront pousser,

et des clairières proposeront aux visiteurs des endroits idéaux pour la méditation et la contemplation.



Les journées passent à une vitesse folle et sont ponctuées par les méditations de Michelle et de François,

par les balades dans les sentiers du centre qui feront certainement naître d’autres projets, 

et par les délicieux repas que nous a concocté Anna.

 

Le projet n’en est bien sûr qu’à son début mais l’enthousiasme qu’il génère est immense.

Bon nombre d'entre-nous apprentis bûcherons reviendront pour insuffler encore plus de joie dans ce lieu si inspirant,

et je ne doute pas un instant que d'autres qui aiment baigner dans la douceur de ce havre de paix, nous suivront.

Rencontre avec Qian

Qian est étudiante du PEBA et fait partie du petit groupe qui anime les méditations du mercredi soir.

Qian, comment t’es-tu retrouvée impliquée au centre ?

photo_Qian ZHU-HONTEBEYRIE new.jpgJe suis d’origine chinoise et j’ai grandi dans la région principalement bouddhiste de la montagne de Guan Yin [l’aspect féminin d’Avalokiteshvara]. Je voyais souvent des gens venir y faire des pèlerinages. A l’époque, je suivais les autres et j’allais aux temples par tradition familiale. C’est un endroit très beau où nous étions souvent en voyage scolaire, mais je n’avais pas la foi. Je demandais cependant de l’aide à Guan Yin quand j’avais des problèmes. Pour beaucoup de gens en Chine, le bouddhisme, c’est surtout des rituels, la partie concernant les études est ignorée. Mais pour moi, un lien spécial a été créé.

C’est en France que j’ai découvert que le bouddhisme n’était pas limité aux rituels et à la demande ponctuelle d’aide. Je suis arrivée en France à 26 ans et certains événements m’ont ramenée vers le bouddhisme. Comme beaucoup de gens, quand j’étais plus jeune, j’ai eu des moments difficiles pendant lesquels je me sentais perdue. J’ai cherché à faire un travail sur moi-même, et j’ai commencé par expérimenter la méditation de pleine conscience. Puis j’ai commencé à étudier.

J’ai visité plusieurs centres dont la “Maison de l’inspir” [le centre de Thich Nhat Hanh en région parisienne]. Je me rappelle que dans la bibliothèque se trouvait le livre «Le moine et le philosophe » de Matthieu Ricard, et quand je l’ai lu, j’ai été impressionnée par la place donnée à la philosophie et au raisonnement. Cela m’a donné envie d’explorer davantage, et j’ai commencé à visiter des centres du bouddhisme tibétain.

Je pense avoir un lien karmique avec le centre Kalachakra. D’abord c’était pratique pour moi d’y aller [rires], mais surtout, le DB débutait et j’avais envie d’un programme d’étude structuré. Après DB, j’ai enchainé sur le PEBA. Comme j’ai eu l’impression que les choses se faisaient de façon fluide, j’ai arrêté de fréquenter d’autres centres. Il y a de bonnes choses dans chaque école mais je ne veux pas me disperser. Je vais de temps en temps à Vajra Yogini ou Nalanda [des centres FPMT dans le sud de la France], mais c’est une même famille.  J’essaie de faire des retraites quand je peux. La retraite de Vajrasattva était ma première retraite au centre de Saint Cosme et j’ai adoré. J’ai senti que j’avais vraiment besoin de purification. Par la suite, j’ai donc suivi une retraite de Nyung Né [une pratique très puissante et intensive de purification] avec Vénérable Charles à Saint Cosme. La première fois, cela a été difficile mais j’en ai fait d’autres à Vajra Yogini et j’en fais d’autres quand je peux. 

Et aujourd’hui, dans quoi es-tu impliquée ?

Je ne fais pas grand chose. J’essaie de suivre le PEBA sérieusement mais ce n’est pas toujours facile. Avec DB j’avais l’impression d’avoir tout compris, mais avec le PEBA je me rends compte que ma compréhension reste superficielle, qu’il y a beaucoup à apprendre et beaucoup de travail à appliquer.

J’ai aussi rejoint l’équipe de méditation du mercredi soir. Je préfère dire que je partage les enseignements avec les autres plutôt de dire que je guide. Je n’ai certes pas réalisé tous ces enseignements et j’ai du mal à les appliquer, mais j’ai du plaisir à les partager.

Comment vois-tu l’avenir ?

Je voudrais finir le PEBA. Pour moi, le plus important est d’appliquer les enseignements dans ma vie. Les études sont très profondes mais mon esprit est faible. J’ai l’impression que ma vie est séparée en deux : le dharma et le reste, et je souhaite que cela forme un tout. C’est à cela que je voudrais travailler. Le bouddhisme fait changer ma vision des choses, et cela me fait plaisir d’en faire profiter les autres. Aujourd’hui, la meilleure chose que je puisse faire pour les autres, c’est d’appliquer les enseignements et de progresser.