“Big love” - Morceaux choisis - Épisode 6

 

 

1969 - “Lama” voit un docteur

Les lamas viennent d’aménager avec Zina et d’autres personnes sur la colline de Kopan dite « colline de l’astrologue ». En effet, au début du XXè siècle, un prêtre y avait vécu chargé de déterminer les dates auspicieuses pour la famille royale. Nous sommes en 1969, Lama Yéshé a 34 ans, il avertit un jour Judy Weitzner qu’il souffre d’un problème cardiaque (photo : la colline de l'astrologue à Kopan).

la colline de lastrologue Kopan 1969Quoi ? Cet homme vigoureux qui avait grimpé le chemin vers Lawoudo [a un problème de cœur] ? Certes, Judy avait noté son souffle court en montagne mais elle l’avait imputé à l’altitude. Même Max s’était évanouie là-haut ! Plus inquiétants par contre étaient ses constants saignements de nez et ses crises de vomissements.

Zina le conduisit (…) dans un hôpital missionnaire chrétien où les tests révélèrent une maladie cardiaque grave. Les médecins lui dirent ne pas pouvoir y faire grand-chose. Étrangement, Lama semblait aussi faire de la rétention d’eau, il crachait beaucoup et était pris d'énormes éternuements mouillés. Il ne parlait guère de son cœur, désignant plutôt à l’occasion la profonde cicatrice qu’il avait à la joue, conséquence d’un abcès qu’il avait eu à Séra [le monastère près de Lhassa où il fit toutes ses études]. Il ne manquait jamais de mentionner la bonté de l’infirmière chinoise qui l’avait pris en charge dans la clinique où il s’était rendu. Et par ailleurs personne n’a pu entendre Thoubtèn Yéshé dire la moindre parole négative concernant un quelconque individu chinois.

La vie du petit groupe se poursuivait, Zopa Rinpoché penché sur ses textes nuit et jour, Lama Yéshé cavalant dans Kathmandou pour s’y faire des amis.

Judy (…) : « Nous avons souvent profité de pique-niques avec les lamas. Ils étaient clairement à disposition des Occidentaux, même si nous étions peu nombreux à disposer des bons visas et de temps à passer avec eux... mais nous avions la possibilité de voir Lama Yéshé et Lama Zopa chaque fois que nous en avions l’envie. Je les regardais plus comme des amis merveilleux que comme des gourous. Lama Yéshé parlait vraiment très peu anglais. Il nous appelait tous « dear » et irradiait cette merveilleuse lumière. Il répétait : « ne vous inquiétez pas » et « soyez heureux », toujours friand d’enrichir son vocabulaire. Avec du recul, je pense avoir autant reçu de lui à cette période que par la suite, quand il parlera couramment anglais. » 

 

Jan Willis

Une afro-américaine, activiste politique diplômée en philosophie, avait gagné une bourse pour étudier un an à Varanasi. Par des amis, elle entendit mentionner le nom de Lama Yéshé et de Kopan... (photo : la chambre des Lamas, à droite)

 

la chambre des Lamas porte de droiteEn entendant le nom de Lama Yéshé « tous mes poils se dressèrent », racontera Jan plus tard. (…) [La seconde fois qu’elle entendit ce nom,] elle ressentit à nouveau des picotements dans tout le corps et, [lors d’une visite à Kathmandou avec des amis,] ils prirent un taxi pour le stoupa de Bouddha et grimpèrent ensemble jusqu’à Kopan. 

Jan raconte : « C’était une journée magnifique pour marcher au travers des rizières. La seule personne présente à l’arrivée était Zina. (…) Quand on demanda à voir Thoubtèn Yéshé, elle répondit qu’il était trop occupé pour nous recevoir. Elle nous servit ensuite un magnifique repas végétarien sur une table ronde en briques à l’extérieur.

Il faisait encore grand jour au moment de dire au-revoir et d’entamer notre descente. Mais à peine avait-on tourné au coin du bâtiment qu’on vit une porte s’entrouvrir au loin avec une main qui nous invitait à rentrer, et un visage qui se risquait à jeter un œil à l’extérieur pour vérifier que Zina n’avait rien vu. On pénétra tous trois sur la pointe des pieds dans cette minuscule pièce qui ne contenait qu’une table et deux lits. C’est ainsi que l’on rencontra Thoubtèn Yéshé et le moine le plus maigre que j’aie jamais rencontré. Thoubtèn Yéshé mena la conversation avec brio avec l’aide de Zopa Rinpoché qui était déjà avancé en termes philosophiques et psychologiques techniques, et avide d’accroître son vocabulaire.

Comme nous avions dit être à la recherche d’un enseignant, Thoubtèn Yéshé répondit : « Je suis très heureux que vous soyez parvenus ici sans encombre et que vous vous soyez déjà entraînés à la méditation. » Cela nous fit forte impression car nous ne lui avions pas dit avoir fait notre premier cours de méditation à Bodhgaya ni avoir miraculeusement échappé, juste avant de quitter l’Europe, à un sérieux accident de voiture. On eut tous le sentiment qu’il était déjà au courant de tout. Il ajouta que l’on pouvait revenir étudier avec lui et que Zina s’occuperait de notre hébergement.

 

Claudio Cipullo et Piéro Cerri

Les américains sont déjà sur place, les italiens en passe d’arriver. Le temps où Zina était propriétaire de « ses lamas » était fini. (photo : Lama Yéshé avec son col roulé newyorkais, très informel)

 

Lama avec son col roulé newyorkais très informel(…) Claudio raconte : « Je ne savais pas qui était Lama. J’étais habillé en sadhou avec un pagne, un châle de Varanasi, un trident, des dreadlocks et un petit sac contenant mon haschich et mes pipes. Dans la vaste chambre de Zina à Kopan, cet homme en ciré jaune avec des rubans partout vint vers moi. J’ai pensé qu’il devait être japonais. Il me posa plein de questions sur ce que j’avais fait à mon retour en Italie, je lui répondis que j’avais étudié la psychologie.  « Oh, tu vas donc obtenir un diplôme en psychologie. C’est très bien pour un poste futur. » Je lui répondis que je n’étudiais pas pour avoir une situation, mais au moment où je le disais, je savais que je jouais à être un sadhou. Je vis aussi la vanité de ma réponse, c’était criant. Il se contenta d’éclater de rire. » Quand Lama riait, l’air faisait des étincelles. Claudio demeura sur place.

 

Piéro, hospitalisé à Kathmandou avec une hépatite, découvre la biographie de Milarépa. Un ami le présente ensuite à Lama Yéshé, Piéro raconte :

 

« J’ai trouvé qu’il avait l’air sévère, pas drôle du tout. Il me conduisit par la main dans cette minuscule pièce très sombre, alla chercher un ensemble de robes de moine qu’il jeta sur le sol devant moi. Puis il prit une statue de Bouddha, la jeta aussi par terre en disant : « Ceci n’a rien à voir avec le Dharma. Ceci n’a rien à voir avec le bouddhisme. Impossible pour le ciel de devenir terre, pour la terre de devenir ciel. » Cela me stupéfia. Il avait juste commencé à donner des cours le dimanche aux Occidentaux, c’est ainsi que je me mis à les suivre.

(…) C’était le temps de l’explosion du LSD, de la bouddha-grass (…) Un jour, un « acid guru » très connu apparut à Kopan lors du déjeuner pour défier les lamas : « Je ne crois pas que vous soyez des personnes aussi réalisées que les gens le pensent. » Lama joignit les mains, s’inclina et répondit : « C’est vrai, dear, vous avez raison. »

Après cette leçon d’humilité, l’« acid guru » leur offrit une part de ses meilleurs produits. Les lamas déclinèrent poliment. 

 

La vie à Kopan n’était pas sans conflits. Lama passait son temps à calmer les uns et les autres. 

 

(…) [Comparé à Zopa Rinpoché,] Lama était exubérant. Il mangeait de bon cœur, appréciait tout et se lançait avec tout le monde dans des conversations allant du jardinage à la physique. Il n’a jamais semblé étudier ces textes qu’il connaissait si bien, même si tous avaient remarqué que les lumières des lamas restaient allumées toute la nuit.

Tous les deux avaient des rires excessivement contagieux, cascades de joie sans retenue qui éclataient partout sur la colline silencieuse tard dans la nuit pendant que les Injis (étrangers) méditaient, genoux endoloris, jambes courbaturées, pétris de leurs misères quotidiennes. Chacun supposait que si les lamas pouvaient rire de cette façon, c’est bien qu’il devait y avoir “quelque chose” dans ce Bouddhadharma.

Thoubtèn Yéshé avait tout le temps du monde pour ces fous d’Injis, il débordait d’une énergie sans limites pour quiconque avait besoin de lui.

 

 

Paroles de maîtres, Vénérable Robina Courtin

 

"Les bodhisattvas ont davantage de compassion pour les oppresseurs que pour les opprimés"

 

Ce texte de Vénérable Robina Courtin est issu du blog conséquent que l’on peut découvrir dans le site personnel de la célèbre moniale : robinacourtin.com. Traduction par Franck.

 

robinaUn oiseau a besoin de deux ailes : la sagesse et la compassion. Certes, la compassion est un point crucial, mais comme le dit Sa Sainteté le Dalaï-Lama, “la compassion, ce n’est pas suffisant ; nous avons besoin de sagesse”. Et comme l’indique Lama Zopa Rinpoché, “la bonne volonté, ce n’est pas suffisant ; nous avons besoin de sagesse.”

 

Qu’est-ce que cela signifie ? Une fois que nous nous sommes engagés dans les étapes initiales de la pratique du chemin bouddhiste, l’aile de la sagesse [peut commencer à naître] : au travers d’une part de la compréhension de la loi du karma, c’est-à-dire qu’à chaque milliseconde, nos pensées, nos paroles et nos actions nous programment, laissent des graines dans notre esprit qui germeront en de futures expériences ; et au travers d’autre part de la compréhension de l’attachement, source de notre souffrance. C’est alors que naît le renoncement. Quand on sait que nous sommes nos propres créateurs, notre énergie sera totale pour abandonner la souffrance et ses causes. Qui souhaite davantage de souffrance ? Pas moi ! C’est une forme de compassion pour nous-même.

 

Quand ce premier travail a été fait, que nous avons contemplé le karma, la loi de cause à effet, et que nous avons regardé comment l’esprit fonctionne, alors nous comprenons notre responsabilité pour la souffrance que nous subissons. Nous arrêtons d’être des victimes, nous devenons des dirigeants.

Et bien entendu, nous sommes aussi responsables de notre bonheur : chaque bon événement qui nous arrive est le résultat direct d’un bon passé. Chaque moment heureux est le fruit d’un passé vertueux.

 

Quand nous réalisons que nous sommes le boss, le créateur de notre bonheur et de notre souffrance - Sa Sainteté évoque le karma comme une “auto-création” -, il est facile de contempler le monde entier et de voir que nous sommes tous -chaque être humain, chaque créature- dans le même bateau : tous, nous expérimentons les fruits de nos propres actions passées, positives et négatives. C’est une loi naturelle ; c’est comme ça, c’est tout. Il ne s’agit pas de punition ou de récompense, car dans le bouddhisme, il n’y a ni bourreau ni quelqu’un qui octroie des récompenses. 

 robina2

Quand nous comprendrons cela, nous serons capables d’avoir une compassion équanime pour tous les êtres sensibles qui souffrent. Victime dans cette vie, oppresseur dans l’autre. Les oppresseurs de cette vie ont été les victimes lors d’une vie passée, et ils seront des victimes dans le futur. Les victimes de cette vie ont été les oppresseurs dans une vie passée et ils seront des oppresseurs dans le futur. Nous tournons en rond encore et encore, ne réalisant jamais que chacun d’entre-nous est la cause principale de nos propres expériences.

 

Cette compréhension est la base de la compassion, principe essentiel du bouddhisme. Habituellement, nous avons de la compassion pour les uns et de la colère pour les autres, pensant que ces derniers sont la cause de la souffrance. Nous [ne] sommes désolés [que] pour les victimes. Ce n’est pas la vraie compassion. [Mais] c’est mieux que rien. Cependant, cela n’est pas d’une grande aide car à la fin d’une agression, la colère se tourne vers les oppresseurs, et cette idée qu’ils sont la principale cause de souffrance des victimes nous enfonce toujours plus profondément dans ce puits sans fond qu’est le samsara.

 

Qu’est-ce que la compassion réelle ? Pour être authentique, la compassion doit être équanime, quels que soient les êtres. Dans la compassion, il s’agit simplement de voir que les autres souffrent ou - et c’est le point important - qu’ils créent les causes de leur propre souffrance en faisant du mal aux autres. Habituellement, nous avons de la compassion pour le chien qui a été battu et de la colère envers la personne qui a porté les coups. Mais la principale raison d’avoir de la compassion consiste dans la compréhension que la naissance de ce chien est due à sa propre ignorance, et que les coups qui lui ont été portés sont la conséquence de ses propres actions passées. Nous devons aussi avoir de la compassion pour celui qui a porté les coups - d’ailleurs, les bodhisattvas auraient plus de compassion pour le bourreau. [Car] le chien vient de purifier le karma qu’il a créé dans le passé, tandis que l’oppresseur est au début du processus de sa propre souffrance future.

 

Cela, c’est la vraie compassion. Et elle n’est possible qu’en comprenant le karma, la loi de cause à effet. Ainsi, nous ne tombons pas dans le piège dualiste classique de l’opprimé et de l’oppresseur. Nous apprenons ceci au moyen de l’aile de la sagesse : nous comprenons pourquoi nous souffrons et nous développons le renoncement - par la compassion pour nous-mêmes -, puis nous développons facilement de la compassion pour celui qui a battu le chien, car du fait de son ignorance il ne réalise pas qu’il crée les conditions de sa future souffrance. Nous devons donc comprendre d’abord notre propre souffrance et ses causes, puis nous pouvons étendre cette compréhension aux autres êtres.

 

La compassion est quelque chose de puissant. Elle est imprégnée de sagesse. Elle n’est pas sentimentale. Il s’agit d’une empathie pour les autres, associée au souhait de venir en aide. Mais c’est la sagesse qui nous permet de comprendre la souffrance et de savoir comment venir en aide.




Les retraites d’automne à Saint Cosme

 

Après un été intense, nous continuons de proposer des retraites régulièrement à Saint Cosme pour vous permettre d’intégrer en profondeur ce que vous étudiez et de pratiquer dans des conditions idéales.

 

Dans les mois qui viennent, nous proposons en particulier :

  • "Quand le chocolat vient à manquer" avec Michelle Ledimna, pour travailler autour de l’attachement et nous entraîner à chercher un bonheur plus stable à l’intérieur plutôt que de dépendre des conditions extérieures pour être heureux. Vous pouvez vous inscrire ici : https://reservation.centre-kalachakra.com/product/290

  • Une retraite de rapprochement du gourou yoga de Kalachakra du 1er au 17 octobre avec Christian Fischer. Si vous avez l’initiation, c’est une opportunité extraordinaire. Vous pouvez vous inscrire ici : https://reservation.centre-kalachakra.com/product/275

  • Une retraite de Vipassana avec Vincent Deleuze du 22 octobre au 30 octobre. Très appréciées, ces retraites permettent d’apprendre à observer notre esprit sans nous engager dans l’expérience et ainsi à créer un espace de liberté et de sagesse. Vous pouvez vous inscrire ici : https://reservation.centre-kalachakra.com/product/276

 

Par ailleurs, ne manquez pas une retraite de purification de Vajrasattva du 10 au 14 novembre avec Vénérable Denyeu (Elio). Lama Zopa Rinpoché et de nombreux grands maitres insistent beaucoup sur l'importance des pratiques de purification pour progresser spirituellement. C'est l'occasion idéale pour s'y adonner en profondeur dans des conditions optimales. Vous pouvez vous inscrire ici: https://reservation.centre-kalachakra.com/product/279.

 

Enfin, "desserrer l'étau de l'attachement" du 10 au 14 novembre avec Virginie CB et Arnaud. C'est une autre occasion de travailler sur l'attachement obsessif. A travers des méditations analytiques, des discussions croisant psychologie occidentale et psychologie bouddhiste et différents exercices d'observation introspective, nous apprendrons à l'identifier précisément et à changer notre rapport à ce qui nous entoure pour en profiter pleinement et atteindre le bonheur auquel nous aspirons tant. Vous pouvez vous inscrire ici: https://reservation.centre-kalachakra.com/product/292

 

Le passe sanitaire n’est pas demandé pour participer à ces retraites mais le centre met en œuvre les mesures sanitaires pour vous permettre de profiter de ces retraites en toute sécurité.

Le programme du Centre Kalachakra du 13/09 au 17/10

 

Tableau programme KI sept oct