Big love - Morceaux choisis - Épisode 9

1971

Les enseignements de Bodhgaya

jon alexLes Lamas se retrouvent, comme chaque mois de janvier, à Bodhgaya pour écouter S.S. le Dalaï Lama. Lama Yéshé, sollicité par les Occidentaux pour enseigner en anglais, accepte de mener un échange de questions-réponses au temple tibétain.

Jon Landaw rejoignait pour la première fois en Inde son ami d’enfance Alex Berzin, qui y étudiait. Il raconte avec bonheur sa rencontre avec Lama :

« Dès qu’il entra dans la pièce, avec son magnifique sourire, j’ai ressenti quelque chose que je n’avais jamais ressenti auparavant. C’était comme si mon cœur était empli de limaille de fer et que Lama, tel un aimant puissant, la ramenait à la vie, la faisant bouillonner et se réorganiser d’elle-même. Il était différent de tous ceux que j’avais pu rencontrer auparavant, je l’ai aimé instantanément. Bien qu’il apparût d’emblée avoir transcendé l’ordinaire, il n’était pas du tout hors du monde. Au contraire, il était très humain et j’eus le sentiment de pouvoir totalement lui faire confiance. Dire que son anglais était pauvre serait flatteur ! Comme il le disait lui-même, il était mauvais, plus que sommaire, mais je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui puisse communiquer aussi merveilleusement. Quand il parla de développer un « warm peeling », d’abord je n’ai pas compris les mots. Cependant, je réalisai rapidement qu’il évoquait ce sentiment chaleureux qui me gagnait à ce moment précis. Outre sa chaleur et sa clarté, Lama possédait aussi un grand sens de l’humour, ce qui m’attacha à lui immédiatement. »

[…] Quand Lama Yéshé donna à Max une initiation du Bouddha féminin Tara, Rinpoché lui offrit une thangka de Tara verte qu’il avait peinte pour l’occasion. Quand Lama eut fini de lire le texte de l’initiation en tibétain, il se passa quelque chose de totalement incroyable. « Il claqua fort des mains », dit Max. « J’avais sur une table ronde dans un coin, cet énorme vase de fleurs composé de lys, etc. Quand Lama claqua des mains, les fleurs s’enflammèrent. Elles étaient en feu dans ce grand vase d’eau, je vous le jure. J’aurais dû prendre une photo. Puis il m’a donné mon premier mala (rosaire). Il dit que Ngawang Samtèn, la sœur de Rinpoché, le lui avait donné. Je n’en ai pas cru un mot mais j’ai imaginé qu’il se devait de constamment faire des miracles sinon Kopan aurait déjà fini, de nombreuses fois, en catastrophe. En tout cas, ces fleurs en feu étaient encore un nouveau truc trop incroyable pour y penser ! »

 

Construction de Kopanla Tara de Rinpoché

[…] À ce moment-là, en se servant de fonds donnés par un groupe d’étudiants, Lama Yéshé avait réussi à acheter un morceau de terre tout en haut de la colline. Ses étudiants suggérèrent qu’au lieu de semer de l’herbe, il serait plus utile de commencer à creuser les fondations.  Lama Yéshé leur conseilla de commencer à creuser juste à la limite. Il ne s’agissait pas de gâcher le moindre pouce de terrain.

Lama acheta toute la terre qu’il pouvait à Kopan. Le tout premier lot concernait, à l’arrière de la colline, des rizières en terrasses à forte déclivité. Puis vint le lot au sommet de la colline, le premier sur lequel ils avaient la capacité de construire. Dans la délicate affaire des négociations pour l’acquisition de terres agricoles, Lama Yéshé trouva le parfait intermédiaire en la personne d’un vieux népalais, un dévot hindou qui vivait avec sa femme dans une hutte de terre au pied de la colline. Ils possédaient une vache. Tout le monde l’appelait Chowkidar, le nom népalais pour gardien, que Lama prononçait « chokidara » ; ce fut son ami pour la vie.

Äge Delbanco fit des plans pour montrer à quoi pourrait ressembler le nouveau bâtiment quand il serait terminé. Jampa Trinley offrit des briques provenant d’une construction qu’il avait fait démolir à Kathmandou. Celles-ci furent entreposées au pied de la colline et ce fut la responsabilité d’Anila Ann de louer les services de coolies népalais pour les monter et les empiler. Une clôture en fil barbelé entoura les briques pour les protéger des voleurs. Au Népal, vu les circonstances, tout ce qui pouvait avoir un tant soit peu de valeur disparaissait en un clin d’œil.

Traduction : Michelle

 

 

Rencontre avec Pascal

 

Propos recueillis par Arnaud.

 

image02Comment t’es-tu retrouvé impliqué  au Centre?
C’est en voyant un reportage dans "Sagesses Bouddhistes". La présence de Vénérable Élisabeth m’a parlé. J’ai tout de suite ressenti et apprécié son côté rassurant, mais aussi très clair, méthodique et concis. Je me souviens encore de cette impression de la connaître déjà et au fond de la retrouver. J’étais à la recherche d’un centre bouddhiste à ce moment-là. J’y suis donc allé et Vénérable Élisabeth m’a accueilli, avec son sourire qui comprend tout et puis cette manière qu’elle a d’être toujours elle-même.


J’ai commencé à fréquenter le centre quand je le pouvais, en particulier pour les méditations guidées offertes le mercredi soir. La première fois, je me souviens encore du silence de nos respirations qui apaise peu à peu, et le grand respect tranquille et uni qui imprégnait le lieu et notre groupe. J’ai aussi suivi quelques enseignements, mais avec l’impression que c’était bien trop avancé pour moi…

 


Qu’est-ce qui t'a marqué ?
Tant de moments m’ont marqué… L’effort courageux des pratiquants et bien sûr, les enseignants, ayant dédié leur vie entière (et parcouru le monde parfois) pour venir jusqu’à nous dans le seul but de nous rappeler à notre propre liberté. Quels cadeaux immenses, librement offerts, quand, au dehors et en dedans de nous, tout semble vaciller.
Je me souviens en particulier des enseignements de Vénérable Robina sur Tara verte. Je ressens comme si c’était hier l’impétuosité de sa parole et la fontaine d’énergie émanant d’elle, pour nous aider à nous reconnaître et à nous comprendre. C’est une des fois dans ma vie où il faisait beau dehors comme dedans.


Souvent, l’enseignement n’était pas seulement dans ce qui était dit, mais aussi dans ce qu’il me permettait de réaliser sur moi là où j’en étais, à ce moment-là. Par exemple, ne me débrouillant pas trop mal en anglais, j’avais proposé mon aide pour traduire Vénérable Robina. Mais elle s’est vite rendue compte que je n’étais pas capable de l’écouter et encore moins de comprendre avec justesse pendant 10-15 minutes puis de traduire à la virgule près sa parole. Cette prise de conscience a été une leçon d’humilité et un enseignement sur mes limites dont je me rappelle encore souvent sur mon chemin.

 

Et en ce moment ?

J’essaie de mettre en application ce que je lis et entends mais je dois dire que j’ai toujours l’impression d’être à un niveau de débutant. Je vais commencer le 22 janvier 2022 le cycle Découverte du Bouddhisme. Il y a trois ans, je ne me sentais pas prêt et j’avais beaucoup trop de travail. Cette fois-ci je vais aller de l’avant, et si ma bonne volonté s’allie à une meilleure compréhension, je pourrai peut-être un peu progresser.

 

Dans ce monde orageux et confus, j’ai pu reprendre un peu confiance en moi et grâce au Bouddha, retrouver par moments la si belle énergie du sourire juste. Je sais que c’est la régularité, pas à pas, qui va me permettre de me faire une image d’ensemble plus précise des choses que j’ai pu, peut-être, comprendre juste ici ou là. Cela me montre aussi que le Dharma devient peu à peu quelque chose que je ne peux plus mettre de côté : à force d’insister, je change même si c’est bien lent et si le tourbillon de la vie et de ses sensations freine cette recherche. Changer, cela demande du temps et les freins que je tricote n’arrangent rien. J’ai souffert et je souffre encore parfois de toutes sortes d’addictions, d’anxiétés et d’un manque d’estime de moi ancien, très fort et envahissant. J’ai longtemps pensé les subir mais le Bouddha me fait comprendre par ses enseignements que c’est moi seul, au fond, qui les entretiens.

 

Et tu aides aussi le centre de temps en temps ?
Oui. Dès mon premier contact avec Vénérable Élisabeth, j’avais proposé mon concours, surtout en termes de logistique. Si j’ai pu aider ici ou là, je n’ai pas l’impression pourtant d’avoir fait grand-chose mais je l’ai fait de tout mon cœur ! Dans notre monde très égocentré, c’est extraordinaire cette idée de compter sur le bénévolat. Je garde un souvenir merveilleux de chaque contribution offerte à notre groupe, de l’énergie partagée et de ce sentiment d’utilité et de bien-être. C’est le rayonnement du Centre et de ses intervenants qui me donne envie / besoin de faire plus. Quand je pense à chacun d’entre-eux je n’éprouve que gratitude !

 

J’aimerais en particulier faire venir jusqu’à nous un mur d’ardoises gravées de mantras, créées par des sculpteurs qui travaillent aux pieds de la résidence de Sa Sainteté et qui récitent les mantras tout en travaillant. J’éprouve un profond respect pour ces œuvres de ferveur. J’espère pouvoir me rendre à Dharamsala en mars prochain pour rencontrer les sculpteurs et leur passer une commande sur la base d’une somme d’argent que je mets de côté. C’est Vénérable Élisabeth qui décidera où les arranger à Saint-Cosme. Ce sera un très beau moment.

 

Comment vois-tu l’avenir ?

Le Centre est essentiel (dans tous les sens du terme…) C’est un refuge où tous les participants regardent dans la même direction, sans se juger les uns les autres. Un réceptacle où la compréhension se libère ! À Paris ou à Saint-Cosme, ce sont les seuls endroits où j’éprouve un sentiment de lâcher-prise et de joie spontanée. À mon niveau, je veux essayer de contribuer à faire perdurer cela. Quiconque donne, même un petit peu, donne tout, si le cœur est présent.

Paroles de Maîtres, Vénérable Robina

 

La sagesse de la mère

 

Ce texte de Vénérable Robina Courtin est issu du blog conséquent à découvrir sur le site personnel de la célèbre moniale : robinacourtin.com. Traduction par Franck.



robina2" Dans le cadre du chemin permettant de réaliser la bodhicitta, cette approche favorisant le bien des autres plus que celui de soi-même, une des méditations consiste en la contemplation de la sagesse de notre mère. En pensant que nous avons eu un nombre incalculable de mères du fait du nombre incalculable de nos vies, nous concluons que nous devons payer leur sagesse en retour en devenant un bouddha et ainsi, en étant bénéfiques à elles, nous sommes bénéfiques à tous.

Cela peut sembler surprenant dans notre culture qui a tendance à penser que nos mères n’ont pas de sagesse ; nous les accusons même de notre souffrance. Et c’est parce que nous pensons cela qu’elle nous a créés ; elle est notre créatrice. Bien sûr, nous savons que le Bouddha n’est pas d’accord avec cette idée ; elle nous a donné un corps, mais pas notre esprit : l’esprit est à nous et nous l’avons apporté au sein de son ventre. La voilà, avec notre père, faisant leurs affaires, et nous arrivons ! Ne lui en tenez pas rigueur ! Selon votre continuum, vous vous êtes vous-mêmes engagé dans cette relation avec cette personne, cette mère particulière, ce père particulier.

 

Ici, le terme “sagesse” ne se réfère pas vraiment à la caractéristique de la personne. Il se peut que votre mère ait été une personne malheureuse, pleine d’illusions, pas spécialement une bonne mère. Ce n’est pas l’idée à retenir. Ce qu’il faut retenir, c’est que sa sagesse s’est manifestée parce qu’elle a tout fait pour faciliter votre vie. Mais à cause de notre saisie, notre forte présomption que notre mère devrait être parfaite, nous sommes outrés quand elle s’avère être égoïste. Alors, ses fautes prennent des proportions énormes, et nous oublions tout à propos des innombrables bienfaits qu’elle nous a prodigués.

Je me souviens du moment où ma mère est tombée du piédestal que je lui avais créé. Le moment où elle a cessé d’être la parfaite déesse, comme on le croit lorsqu’on est enfant. Ceci vient de l’attachement. Je me souviens du moment où j’ai commencé à voir qu’elle était un être humain ordinaire. J’ai commencé à lui trouver des défauts, et tout s’est écroulé. Je ne pouvais lui voir que des défauts. C’est comme cela que la saisie s’est transformée en aversion, en colère.

 

Quelles sont les innombrables bonnes choses qu’elle a faites pour nous ? Elle nous a nourris, elle nous a envoyés à l’école, elle nous a montré comment essuyer nos petites fesses et faire nos lacets. Il y a d’autant plus de raisons de penser à sa sagesse envers nous qu’elle était pleine d’illusions, méchante, colérique, paranoïaque. C’était beaucoup plus difficile pour elle que si elle avait été patiente et heureuse. À quel point nous devrions être reconnaissants pour notre mère. C’est si évident, vraiment. Même si votre mère vous a abandonné à la naissance, vous avez toutes les raisons de continuer à verser des larmes de gratitude pour sa sagesse. 

 

robinaVous savez quoi ? Elle ne vous a pas tué. Il y a probablement des millions d’avortements chaque année, des millions. On pourrait même dire qu’il y a davantage d’êtres sensibles, d’être humains qui sont conçus et qui meurent avant la naissance qu’il y a d’êtres qui naissent. J’en suis sûre.

 

Regardons-nous, nous sommes toujours vivants. J’ai subi un avortement, à l’âge de 23 ans. Je ne me suis posé aucune question. En aucun cas je ne voulais cet enfant. Une de mes connaissances, à l’âge de 17 ans, tomba enceinte et elle décida de ne pas faire d’avortement. Je l’ai pourtant encouragée à le faire. “Allez, fais-toi avorter.” Elle ne le voulait pas, c’était dans les années 60. Elle était courageuse, elle a eu sa petite fille, puis l’a fait adopter [par des parents d’adoption]. Elle a eu sa fille et l’a abandonné car elle pensait ne pas être capable, elle avait 17 ans, c’était difficile, peu importe les raisons, mais ses motivations étaient pures. Aujourd’hui cette fille rumine à propos de sa méchante mère qui l’a abandonnée à sa naissance, elle en est obsédée, et elle ne peut pas voir la réalité : que sa mère était sage. Elle lui a donné la vie ! Mais la fille ne lui a jamais pardonné de l’avoir abandonnée.

 

Nous pouvons donc voir que nos mères sont pleines de sagesse. Peu importe qu’elles soient névrosées, laides, maniaques ou pleines d’illusions. Nous avons tous eu des mères comme ça, à des degrés divers. Bienvenue dans la race humaine. Les mères sont taillées dans la même étoffe que nous-mêmes, ce sont des êtres sensibles remplis d’illusions.

 

En d’autres termes, ce dont nous avons besoin, c’est de ré-étudier la vision que nous avons de notre mère. Arrêtons de la voir à travers la loupe de notre déception, de notre attachement. Voyons ses bonnes qualités. C’est très simple mais vraiment puissant.

 

Nos mères sont donc pleines de sagesse. Si tous les êtres ont été nos mères, alors en toute logique tous les êtres sont pleins de sagesse. Et par conséquent, nous devons évidemment payer en retour leur sagesse. Plus vous pensez à la sagesse d’une personne, et plus en retour vous avez le souhait de la lui rendre. C’est clair. Quand vous voyez vraiment la sagesse d’une personne, les bienfaits qu’elle vous a octroyés, vous voulez vraiment agir en retour. Commencer à penser à la sagesse de la mère, c’est vouloir payer en retour sa sagesse. Et pas simplement la mère de cette vie, mais tous les êtres nos mères : nous devons payer en retour leur sagesse. 

 

Il est clair qu’il s’agit d’un processus très radical ; pas à pas, nous effectuons ce type de méditation analytique, et nous le transposons dans notre vie quotidienne, en corrigeant lentement, lentement nos vues erronées. Et progressivement, notre cœur commence à s’ouvrir, s’ouvrir, s’ouvrir, s’ouvrir. L’aile de la compassion s’ouvre graduellement dans l’esprit et englobe finalement tous les êtres. Petits pas par petits pas."

Méditation du matin : un moment de partage exceptionnel

 

med matin

 

La nouvelle année est un moment idéal pour s’engager dans de nouvelles résolutions… pourquoi pas la méditation du matin du Centre Kalachakra ? Depuis un an et demi, c’est un rendez-vous quotidien devenu rapidement une activité phare du Centre. Il a lieu entre 7h30 et 8h sur zoom, du lundi au vendredi. Ouvert à tous quel que soit le niveau, il aborde des points essentiels du bouddhisme. Il est animé par cinq animateurs qui se relaient quotidiennement autour d’un thème de leur choix. Avec leurs différentes personnalités, Michelle, Eric, Véronique, Virginie C et Philippe présentent à leur manière et avec leurs mots les notions-clés du Dharma.

 

Le jeudi 23 décembre dernier a eu lieu une rencontre inédite. À la demande des inscrits à la pratique (près de 400), les animateurs et moi-même le coordinateur avons organisé une réunion exceptionnelle. En tant qu’initiatrice de cette activité, Vénérable Élisabeth a pu se joindre à notre réunion en distanciel. Informelle et conviviale, elle n’avait d’autre but que de permettre des échanges entre tous, et ainsi de favoriser la bonne humeur, les suggestions, les ressentis et les questions.

Après que chacun des animateurs se soit présenté, les participants ont exprimé leur gratitude pour le dévouement des animateurs ainsi que pour les bienfaits que leur procure la méditation du matin. Certains sont des fidèles depuis le début de l’activité, mise en place il y a un an et demi, tandis que d’autres participent ponctuellement ou viennent de découvrir la pratique. 

Parmi les questions et suggestions abordées, la qualité parfois aléatoire de l’audio lors de l’animation et la pertinence de l’utilisation de l’application “zoom” ont occupé une partie de l’échange. 

 

La rencontre s’est achevée après une heure d’échanges très chaleureux. 

 

Franck